{"id":225,"date":"2011-02-10T16:07:36","date_gmt":"2011-02-10T16:07:36","guid":{"rendered":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelles\/?p=225"},"modified":"2013-03-31T19:14:11","modified_gmt":"2013-03-31T19:14:11","slug":"la-philosophie-une-creation-a-contre-courant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/2011\/02\/10\/la-philosophie-une-creation-a-contre-courant\/","title":{"rendered":"La philosophie, une cr\u00e9ation \u00e0 contre courant"},"content":{"rendered":"<p>Athane Adrahane (2006)<br \/>\n<a id=\"readmore-entry110210-160732\"><\/a><br \/>\n\u00ab Pourquoi philosopher ? Le sens de l\u2019acte philosophique en question \u00bb<\/p>\n<p>Colloque de philosophie, Universit\u00e9 Catholique de Louvain La Neuve, 11 et 12 mai 2006<\/p>\n<p>Comme souhait\u00e9 par les initiateurs de ce colloque, je tenterai d\u2019articuler mon expos\u00e9 en gravitant non seulement autour des 3 axes d\u00e9termin\u00e9s, \u00e0 savoir : 1\u00b0 Quel sens cela a- t\u2019il d\u2019\u00e9tudier la philosophie ? 2\u00b0 Quel sens cela a-t-il d\u2019exercer la philosophie (d\u2019\u00eatre philosophe) ? 3\u00b0 Pourquoi vouloir conserver et perp\u00e9tuer la pratique de la philosophie ? Mais aussi du th\u00e8me g\u00e9n\u00e9rique de ce colloque \u00ab La philosophie est-elle qu\u00eate de sens ? Pourquoi philosopher ? Le sens de l\u2019acte philosophique en question \u00bb.<\/p>\n<p>Le chemin de la pens\u00e9e n\u2019\u00e9tant pour moi pas exclusivement cette randonn\u00e9e balis\u00e9e nous conduisant \u00e0 la mise en lumi\u00e8re de notre identit\u00e9 mais aussi bien cette exp\u00e9dition pleine de trous, de failles, de d\u00e9tours et de labyrinthes qui nous m\u00e9tamorphose \u00e0 l\u2019infini, voyez dans le d\u00e9saxage constant que j\u2019infligerai \u00e0 la question, la fa\u00e7on en acte dont ma pens\u00e9e proc\u00e8de. Donc voil\u00e0, je vais \u00e9mettre des pistes, des voix, des fl\u00e8ches de pens\u00e9es. Non pas une d\u00e9finition de la philosophie mais les sens que ce mot a pris au travers de mon exp\u00e9rience. Non pas \u00ab La \u00bb v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 laquelle \u00ab il faut \u00bb se conformer mais des ponts, des art\u00e8res, que l\u2019on peut ou non traverser afin de nous porter ailleurs dans notre questionnement.<\/p>\n<p>Il y a autant d\u2019images, de sens et de directions \u00e0 la philosophie qu\u2019il n\u2019y a de singularit\u00e9s ou de philosophes qui touchent \u00e0 ce mot. Quel philosophe incarne-t-on ? Chacun a sa fa\u00e7on de voir la philosophie. Chacun l\u2019\u00e9claire de son propre feu cr\u00e9ateur. Multiples seront alors les histoires de la philosophie projet\u00e9es dans les d\u00e9dales caverneux de la <!--more-->connaissance. Passionn\u00e9e et proche d\u2019un cin\u00e9ma qui ne se conforme pas au mod\u00e8le de la v\u00e9rit\u00e9 tant historique que chronologique, mais qui se meut aux rythmes des devenirs et des intensit\u00e9s, voil\u00e0 donc un bref aper\u00e7u de mes cin\u00e9magories philosophiques.<\/p>\n<p>1 ER axe : Quel sens cela a- t\u2019il d\u2019\u00e9tudier la philosophie.<\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai dit, dans le bref r\u00e9cit de mon itin\u00e9raire, \u00e9tudier la philosophie, c\u2019est comme s\u2019embarquer pour un tour du monde. Autant de pays et de langues qu\u2019il n\u2019y a de philosophes et de philosophies. \u00c0 chaque fois, il s\u2019agit d\u2019exp\u00e9riences de pens\u00e9es diff\u00e9rentes. Et toute exp\u00e9rience au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de ce que l\u2019on conna\u00eet est int\u00e9ressante et enrichissante. Accepter de s\u2019immerger dans la logique d\u2019un autre, en apprendre le vocabulaire, examiner quel infl\u00e9chissement il a fait subir \u00e0 tel concept par rapport \u00e0 tel autre philosophe, apprendre \u00e0 pratiquer la lecture philosophique, apprendre les grands courants qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019histoire de la philosophie, leur contexte d\u2019\u00e9mergence, en quoi cela a modifi\u00e9 le cours des choses\u2026 tout cela participe de ce que cela signifie \u00e9tudier la philosophie. Excellente cure de d\u00e9sintoxication de la pens\u00e9e fast-food. Cela forge l\u2019humilit\u00e9 aussi. Cela donne des armes, des rep\u00e8res, des cartographies, terriblement n\u00e9cessaires lorsque l\u2019on a pour passion d\u2019explorer les mers de la pens\u00e9e. Tout cela est tr\u00e8s riche si l\u2019on ne perd pas de vue l\u2019id\u00e9e que l\u2019apprentissage est n\u00e9cessaire \u00e0 notre diff\u00e9renciation. Il nous faut maintenir \u00e0 la conscience le fait que toute philosophie est cr\u00e9ation d\u2019une terre inconnue et non uniquement \u00e9rudition et ressassements incessants d\u2019un territoire qui en sait long sur ce qu\u2019il en est de la v\u00e9rit\u00e9 des choses. Maintenir ce cap de toutes les directions possibles \u00e9vite de se retrouver la proie d\u2019un syst\u00e8me de pens\u00e9e qui, gorg\u00e9 de dogmatisme, nous ferait prendre pour \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 \u00bb ce qui n\u2019est que cr\u00e9ation, pour \u00ab La pens\u00e9e \u00bb ce qui n\u2019est qu\u2019une image de la pens\u00e9e. (Et ainsi d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame porteur d\u2019un tel dogmatisme). Quelle violence il faut parfois pour \u00e9chapper \u00e0 tel r\u00e9gime de pens\u00e9e qui nous enferme dans l\u2019id\u00e9e que la pens\u00e9e, la connaissance, fonctionnent ainsi et pas autrement, que tout usage autre de la pens\u00e9e que celui qui est ainsi d\u00e9crit, prescrit, nous conduit immanquablement \u00e0 l\u2019erreur ou \u00e0 l\u2019illusion. Pour ma part, deux r\u00e9gimes de pens\u00e9e m\u2019ont fait cet effet-l\u00e0, le criticisme kantien et le rationalisme cart\u00e9sien, que cela soit le fait de la confrontation directe aux textes, de ce qu\u2019en avaient fait certains philosophes et certains lecteurs qui voyaient alors dans ces pens\u00e9es le progr\u00e8s et le salut de l\u2019humanit\u00e9. Ces climats m\u2019\u00e9taient insupportables, et ce moins par la nouveaut\u00e9 de certains concepts remarquables, que par cette impression de \u00ab d\u00e9j\u00e0-vu \u00bb. C\u2019est que j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau confront\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ces syst\u00e8mes, \u00e0 l\u2019un de ces programmes de pens\u00e9e qu\u2019on avait impos\u00e9 de force \u00e0 ma langue et \u00e0 mon approche de la connaissance durant ma scolarisation. Autant de formules qui implicitement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le travail de formation de ma jeune pens\u00e9e se voyaient, ici en philosophie, explicitement formul\u00e9es et rationnellement fond\u00e9es. Et voil\u00e0 que revenaient \u00e0 grands fracas l\u2019identit\u00e9 du moi dans le \u00ab je pense \u00bb, le \u00ab je pense donc je suis \u00bb, la tyrannie de l\u2019identit\u00e9, le principe de non-contradiction, toute la logique d\u2019exclusion dans l\u2019attribution des pr\u00e9dicats d\u00e9terminant, \u00ab le penser, c\u2019est juger \u00bb, subsumer le particulier sous l\u2019universel, ne pas prendre le faux pour le vrai, l\u2019erreur comme cela qu\u2019il faille conjurer, marquer en rouge, l\u2019illusion comme la sanction \u00e0 toute transgression du bon usage de la pens\u00e9e, les dualismes corps-esprit, homme-nature\u2026l\u2019id\u00e9e de dominer la nature par le progr\u00e8s dans la connaissance\u2026<\/p>\n<p>Bon, d\u2019accord, je m\u00e9lange tout, Kant, Descartes, Monsieur Legros, l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, les nousm\u00eames, les ph\u00e9nom\u00e8nes. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019\u00e0 nouveau, je manquais d\u2019air. Certes, l\u00e0 ou je pensais quitter la doxa, le sens commun, je les retrouvai b\u00e9nis par la philosophie. Ok, je peux me tromper, tout cela, je l\u2019avoue, c\u2019est mon corps qui me l\u2019a dit. Mon corps qui voulait de l\u2019oxyg\u00e8ne. Mon corps qui trouvait son h2o dans le langage du vent, des arbres, des animaux et de Nine Inch Nails. Mon corps qui comprenait mieux le chemin de la pens\u00e9e quand, dans son rapport \u00e0 cela qui lui est autre, son ventre lui en enseignait la peur, la haine, l\u2019amour. Ok, ces m\u00eames philosophies, qui ont en commun de tenir les messages du corps pour des informations qui \u00e9garent, m\u2019avaient pr\u00e9venue : ce qu\u2019il me fallait, c\u2019est une bonne mise sous tutelle des sens par l\u2019entendement, une bonne technique, un bon usage de la raison mettant de l\u2019ordre dans le tumulte de mes passions. Il n\u2019emp\u00eache que mon processus de connaissance ne proc\u00e8de pas exclusivement par cette mise en forme rationnelle de ce que je rencontre, ni par l\u2019application syst\u00e9matique des cat\u00e9gories de l\u2019entendement au divers de l\u2019intuition. Chez moi, l\u2019application de la m\u00e9thode pour m\u2019assurer d\u2019un progr\u00e8s certain dans l\u2019acquisition de la v\u00e9rit\u00e9 a lamentablement \u00e9chou\u00e9. Sans doute quelque chose en moi devait \u00eatre s\u00e9rieusement f\u00eal\u00e9, cass\u00e9. Une discordance profonde, incorrigible, ne permettait pas de f\u00e9d\u00e9rer l\u2019ensemble de mes facult\u00e9s et de mes sens sous l\u2019autorit\u00e9 du \u00ab je pense \u00bb.<\/p>\n<p>Que des gens pensent comme cela, qu\u2019ils machinent ainsi leur rapport \u00e0 la connaissance, ce n\u2019est pas un probl\u00e8me, c\u2019est ce qui fait la biodiversit\u00e9. Mais que ceux qui ne proc\u00e8dent pas ainsi, se voient dans l\u2019obligation de se convertir sous peine de se voir recal\u00e9s pour fraude dans l\u2019exercice de la pens\u00e9e, inqui\u00e9t\u00e9s pour usage ill\u00e9gitime de la pens\u00e9e, jug\u00e9s inaptes \u00e0 participer aux grands banquets des citoyens responsables de l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9, oui cela me pose probl\u00e8me. Alors, au diable la philosophie, je ne serai jamais \u00ab ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb (1). Je pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9ambuler aux c\u00f4t\u00e9s des analphab\u00e8tes et des b\u00eates sauvages, vivre aux c\u00f4t\u00e9s des volcans, au rythme de mon rock and roll d\u00e9cadent\u2026 un chemin de connaissance tout aussi respectable que celui de celui qui suit \u00e0 la lettre \u00ab La \u00bb m\u00e9thode.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e droite, la pens\u00e9e sens\u00e9e est-t-elle la seule qui ait droit de cit\u00e9 dans la philosophie. La seule approche possible dans la connaissance ? N\u2019y a-t-il qu\u2019un seul sens dans la pens\u00e9e? Y a-t-il universalit\u00e9 de la pens\u00e9e? Si je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9e l\u00e0, dans cette r\u00e9gion de pens\u00e9e, si j\u2019\u00e9tais rest\u00e9e prisonni\u00e8re de cette image, si je n\u2019avais pas eu la chance d\u2019avoir des professeurs qui m\u2019ont montr\u00e9 un autre visage de la philosophie, je serais d\u00e9go\u00fbt\u00e9e de la philosophie et je l\u2019ai \u00e9t\u00e9 un temps. Or, je garde une passion pour l\u2019art de la philosophie\u2026 C\u2019est que dans les nuits les plus sombres, des petites phrases fulgurent. C\u2019est que dans les plus grands \u00e9tats de crise, l\u00e0 o\u00f9 plus rien ne fait sens, l\u2019oxyg\u00e8ne se fait urgence, et l\u00e0 se cr\u00e9ent les agencements salvateurs. Certes, il ne suffit pas que l\u2019on vous montre le passage, il faut que vous-m\u00eame vous puissiez \u00e0 votre tour le valider par votre exp\u00e9rience. Jean-Paul Sartre \u00e9crit \u00e0 propos de Jean Genet, \u00ab (\u2026) le g\u00e9nie n\u2019est pas un don mais l\u2019issue qu\u2019on invente dans les cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s \u00bb. Oui, c\u2019est cela, non pas une pens\u00e9e droite et inn\u00e9e mais une pens\u00e9e qui s\u2019arrache. Zarathoustra s\u2019\u00e9crie : enfanter du chaos une \u00e9toile dansante. Oui ! c\u2019est cela, dans ce concept culmine mon cri\u2026 non pas une pens\u00e9e coup\u00e9e de la vie, des passions et du corps mais une pens\u00e9e qui s\u2019en enfante, qui porte en elle la trace br\u00fblante de la vie, ses tressaillements sauvages, ses soubresauts intempestifs. Bref, une pens\u00e9e qui bondit en tout sens, qui danse, qui vibre, qui vous porte plus loin que les fronti\u00e8res que l\u2019on vous a assign\u00e9es, qui vous porte dans des r\u00e9gions dont les longitudes et les latitudes ne sont r\u00e9pertori\u00e9es par aucune histoire de la philosophie. Gilles Deleuze \u00e9crit, \u00ab ce que l\u2019artiste est, c\u2019est cr\u00e9ateur de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. ( L\u2019image-temps p.191)<\/p>\n<p>Ces petites phrases m\u2019ont permis de dynamiter certains carcans logiques, certains programmes dont il est quelquefois difficile de sortir. Il faudrait rester nomade dans sa pens\u00e9e. Je disais au d\u00e9but qu\u2019il \u00e9tait essentiel de maintenir le cap d\u2019une multitude de directions possibles car s\u2019il y a un sens \u00e0 \u00e9tudier la philosophie, celui-ci ne peut surgir que de ce que chacun de nous fait de ses \u00e9tudes. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la cr\u00e9ation. Le sens n\u2019est pas donn\u00e9. Personne ne nous fera ce cadeau. \u00c0 chacun de nous de dessiner les cartes qui donnent voix \u00e0 nos diff\u00e9rences, d\u2019enfanter les passages qui conviennent \u00e0 nos devenirs. La technique, le savoir, la connaissance est n\u00e9cessaire mais ce n\u2019est qu\u2019un pan de la philosophie. Ceux-ci se devront d\u2019\u00eatre transfigur\u00e9s. Toute cr\u00e9ation passe par un oubli positif, une d\u00e9construction active de ce que l\u2019on a appris, afin de le r\u00e9inventer autrement. Toute cr\u00e9ation est d\u00e9formation, et donc chemin risqu\u00e9. Je ne crois pas qu\u2019il y ait de pens\u00e9e sens\u00e9e, de parcours fl\u00e9ch\u00e9s pour bien penser et qu\u2019il existe un bon manuel de la pens\u00e9e ayant le pouvoir de nous \u00e9viter de commettre des erreurs, de nous mener en toute certitude \u00e0 bon port. Il y a autant de sens \u00e0 la pens\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a de pens\u00e9es qui se risquent \u00e0 penser. Il ne faut pas attendre 4 ans et avoir son dipl\u00f4me en main pour oser se risquer \u00e0 penser. Aucun regret, aucune amertume \u00e0 tout ce temps pass\u00e9 dans ces Kant, ces Descartes, ces Husserl, parce que ce sont des exp\u00e9riences qui, m\u00eame si elles se vivent de fa\u00e7ons hostiles pour un corps, permettent au chercheur qu\u2019est l\u2019\u00e9tudiant en philosophie de pointer certains probl\u00e8mes, d\u2019en d\u00e9gager certains concepts, mais aussi de voir o\u00f9 se situent nos affinit\u00e9s, de sentir les diff\u00e9rences de potentiels, d\u2019exercer notre conscience, d\u2019en aiguiser le tranchant conceptuel. Et puis, parce que le tout de la philosophie ne se joue pas uniquement dans ces r\u00e9gions rendues officielles par \u00ab La philosophie des philosophes \u00bb, parce qu\u2019elle s\u2019invente aussi l\u00e0 o\u00f9 le chercheur d\u00e9fait la pens\u00e9e cens\u00e9e sens\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 il prend la tangente, l\u00e0 o\u00f9 il affronte le chaos, o\u00f9 plus rien ne fait sens, dans cette pratique officieuse, clandestine, en marge de l\u2019institution philosophique, bref dans cette vertigineuse plong\u00e9e au coeur des turbulences de la vie.<\/p>\n<p>2 \u00e8me axe : quel sens cela a-t-il d\u2019exercer la philosophie (d\u2019\u00eatre philosophe) ?<\/p>\n<p>Je ne suis pas que philosophe, je suis aussi photographe, po\u00e8te, \u00e9crivain, chanteuse, je fais de la musique, je fabrique, monte et mixe des images et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 qu\u2019il faut chercher la fa\u00e7on particuli\u00e8re que j\u2019ai d\u2019exercer la philosophie. Ce n\u2019est donc pas toujours la philosophie qui occupe le devant de ma sc\u00e8ne professionnelle m\u00eame si elle est toujours op\u00e9rante et pr\u00e9sente dans chacune de mes activit\u00e9s. Cette non-exclusivit\u00e9 de la philosophie dans ma pratique de la pens\u00e9e me permet de ne pas m\u2019enfermer dans le r\u00f4le, dans la fonction du philosophe, qui ne fait plus de la philosophie que par obligation, par routine ou par statut. Elle me permet de toujours garder avec la pens\u00e9e philosophique un lien d\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9. Avoir fait des \u00e9tudes de philosophie, donner des cours, avoir \u00e9crit un essai philosophique, ne sont pas sans cons\u00e9quences. Un livre est un espace-temps que l\u2019on habite pendant un certain temps. M\u00eame si une fois accouch\u00e9, il fait son petit bout de chemin tout seul, il continue de vivre en nous. Quand on \u00e9crit un livre, on est \u00e0 la fois m\u00e8re et enfant de son travail. Il y a toujours des transes sur lesquelles on n\u2019a pas fait toute la lumi\u00e8re. D\u00e9ployer une conscience magique est un travail de tous les jours. Certains concepts mettent encore \u00e0 l\u2019\u00e9preuve l\u2019auteur et l\u2019auteur met encore certains concepts \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019une ou l\u2019autre facette de la vie qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vu\u2026 Il y a aussi des pistes point\u00e9es, juste entrevues, dont il nous d\u00e9mange d\u2019en poursuivre plus \u00e0 fond l\u2019exploration. C\u2019est pourquoi, je continue de chercher, humblement, passionn\u00e9ment. Si cette recherche se fait philosophiquement par la lecture, l\u2019\u00e9criture et la fabrication de concepts, elle se fait aussi par la photographie, l\u2019\u00e9criture de chansons\u2026 Les peuples qui habitent mon univers philosophique, mon corps de philosophe ne sont pas seulement issus de la philosophie mais surgissent d\u2019horizons divers : volcans, montagnes, musiques,cin\u00e9mas\u2026 Pour que ces peuples puissent prendre place au sein de la philosophie, il faut que le philosophe puisse danser \u00e0 m\u00eame leurs myst\u00e8res. Le philosophe doit quitter la rive qui tant de temps l\u2019a nourri, le sol qui lui offre une certaine assurance, et s\u2019aventurer en terre inconnue, en milieu inhospitalier. Loin de faire de la philosophie ainsi qu\u2019elle se pratique depuis les hautes sph\u00e8res des chaires universitaires, loin du point de vue de celui qui n\u2019ose se mouiller de peur de se noyer ou de toucher la terre de peur de se salir, je pr\u00e9f\u00e8re me jeter dans les chaires br\u00fblantes de ces myst\u00e9rieuses contr\u00e9es, au risque de ne pas revenir \u00e0 la philosophie. Et je pr\u00e9f\u00e8re ce risque-l\u00e0 plut\u00f4t que d\u2019y \u00eatre toujours rest\u00e9e sans la f\u00e9conder de forces nouvelles. Car si le philosophe en revient, c\u2019est avec le savoir de celui qui a vu ce qui ne se voit, entendu ce qui ne s\u2019entend. S\u2019il revient, c\u2019est avec le feu des volcans, avec le chant des sir\u00e8nes, les pleurs d\u2019enfants d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, avec les cris de Laura palmer, avec les dires des chiens-fauves, des arbres et des torrents. (Oui, oui, les arbres et les torrents ont aussi leur fa\u00e7on de parler, c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019est pas une m\u00e9taphore. On voit aujourd\u2019hui ce qu\u2019il nous en co\u00fbte de ne pas avoir cru que les arbres eux aussi ont leurs mots \u00e0 dire sur cette plan\u00e8te.)<\/p>\n<p>\u00ab Le philosophe doit devenir non-philosophe, pour que la non-philosophie devienne la terre et le peuple de la philosophie \u00bb disent Gille Deleuze et F\u00e9lix Guattari dans Qu\u2019est ce que la philosophie? (p.105)<\/p>\n<p>Les devenirs, les jeux, les agencements de la musique ne sont pas les m\u00eames que ceux de la photographie, de l\u2019\u00e9criture d\u2019un sc\u00e9nario ou encore de la vision d\u2019un film et donc aussi tr\u00e8s diff\u00e9rents de la pratique philosophique. Mais, il n\u2019y pas h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ind\u00e9passable. Il n\u2019y a pas cloisonnement des savoirs. Il y a alliances et contagions entre ces diff\u00e9rentes mani\u00e8res de penser. Mon oeil de philosophe viendra toujours contaminer et enrichir mon regard photographique, et c\u2019est ce qui fait la singularit\u00e9 de ma pratique photographique. Et si ce sont des volcans, des b\u00eates et des enfants sauvages qui illuminent mon regard photographique, comment ce regard n\u2019affecterait-t-il pas les terres de la philosophie ?<\/p>\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est d\u2019habiter les fronti\u00e8res parce que c\u2019est au coeur des failles que tout se joue, que les mondes s\u2019enfantent, que naissent les continents et les oc\u00e9ans\u2026 Cloisonner les disciplines, c\u2019est se couper d\u2019un processus essentiel \u00e0 la prolif\u00e9ration de la vie qui fourmille de ce type d\u2019alliance, le v\u00e9g\u00e9tal et le min\u00e9ral, l\u2019animal et l\u2019humain.<\/p>\n<p>Mon activit\u00e9 philosophique n\u2019est pas envisageable sans ces passages par la non-philosophie. D\u00e8s lors pour moi faire de la philosophie, c\u2019est aussi faire de la photographie, faire des courts-m\u00e9trages, chanter, travailler avec des musiciens. L\u2019inattendu, c\u2019est quand la philosophie passe dans d\u2019autres disciplines, que se passe-t-il d\u00e8s lors que la philosophie se met \u00e0 peupler le rock and roll ?<\/p>\n<p>Pr\u00e9f\u00e9rer le devenir \u00e0 l\u2019identit\u00e9. Quel sens y a-t-il \u00e0 \u00ab devenir \u00bb philosophe, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 \u00ab \u00eatre \u00bb philosophe ? Quelle n\u00e9cessit\u00e9, quelle urgence, y a-t-il alors \u00e0 revenir en terre de philosophie m\u00eame si il y a forc\u00e9ment op\u00e9ration de d\u00e9territorialisation, pourquoi ne pas se satisfaire de la cr\u00e9ation des images, de l\u2019\u00e9criture de chansons ? De m\u00eame que la musique permet de rendre tangible certaines puissances qui \u00e9chappent \u00e0 la philosophie, il y a quelque chose qui ne se laisse penser par aucune autre cr\u00e9ation que par la cr\u00e9ation de concepts. La philosophie a sa mani\u00e8re propre de capter, de donner consistance aux flux et aux mouvements de l\u2019infini. L\u00e0, r\u00e9side encore pour moi tout le myst\u00e8re de la philosophie, \u00e9nigme que je n\u2019ai pas encore fini d\u2019explorer.<\/p>\n<p>En cela, dans cette \u00e9trange pratique de la philosophie, il y a quelque chose de chang\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019image habituelle de la philosophie et du philosophe. Philosophe-volcanologue, enfant-philosophe, philosophe-sorcier, philosophe-artiste, plus que philosophe-juge, philosophe-tyran ou fonctionnaire de la philosophie. Quoique tous ces r\u00f4les fassent aussi partie des cin\u00e9magories du philosophe-artiste.<\/p>\n<p>On s\u2019\u00e9loigne un peu de l\u2019image du philosophe, ma\u00eetre autoris\u00e9 de la pens\u00e9e, aux id\u00e9es claires et distinctes, qui sait tout, qui a tout lu, et qui diff\u00e9renciant le vrai du faux, fait figure d\u2019autorit\u00e9 en la mati\u00e8re. On s\u2019\u00e9loigne de l\u2019image du philosophe, affranchi de son esclavage aux mondes des illusions, enfin sorti de l\u2019obscure caverne o\u00f9, captif de son ignorance, il tenait pour vrai les ombres que sur les parois la lumi\u00e8re projetait. De celui-l\u00e0 qui sait d\u00e9sormais que le monde sensible n\u2019est que la p\u00e2le copie, l\u2019immonde corruption d\u2019un monde intelligible o\u00f9 s\u00e9journe le vrai, le bien et le beau, organisant son chemin de connaissance en disciplinant ses sens afin de s\u2019\u00e9lever au niveau de ce monde de puret\u00e9. \u00c0 la diff\u00e9rence, pour le philosophe-volcanologue, les images masquent aussi de souterrains passages. Eux aussi br\u00fblent d\u2019une sacr\u00e9e lumi\u00e8re et d\u2019un feu int\u00e9rieur digne de la plus haute consid\u00e9ration philosophique. Il n\u2019ignore pas. Il a vu le soleil \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la caverne. C\u2019est une direction \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Mais, il y a d\u2019autres sens. Dans la caverne, il y a une autre caverne. Les chemins de la connaissance sont quelquefois d\u2019\u00e9tranges et obscures labyrinthes. Le philosophe-artiste ne m\u00e9prise pas ses sens. Si ceux-ci l\u2019affectent, il \u00e9coutera ce que son corps et ses passions ont \u00e0 lui enseigner. Le corps, cet \u00ab inconnu montreur de route \u00bb (2), cet initiateur aux sens de la terre. Le corps, cet insens\u00e9, cet impensable qui force \u00e0 penser ce qui ne se laisse pas penser. Le philosophe-volcanologue ne parle pas depuis sa chaire de morale, depuis les hautes sph\u00e8res des id\u00e9es d\u00e9sincarn\u00e9es, mais devant sa mort, \u00e0 m\u00eame les chairs vives et nues de la vie. Il ne craint de maculer sa pens\u00e9e de boue et de sueurs. Il ne craint pas de laisser mener les transes de sa pens\u00e9e par les sens de la terre m\u00eame si ceux-ci tremblent sous ses pieds et qu\u2019une faille risque de le restituer \u00e0 son humble condition d\u2019infime petite poussi\u00e8re stellaire. On s\u2019\u00e9loigne aussi, un peu, de ce philosophe rationaliste qui, flipp\u00e9 de commettre des erreurs, s\u2019appuie sur une m\u00e9thode infaillible assurant \u00e0 l\u2019homme une progression automatique dans l\u2019acquisition de ses certitudes, assurant \u00e0 l\u2019homme son titre de ma\u00eetre et possesseur de la nature. Le philosophe-volcanologue, lui, se sent plus proche de la formule de Deleuze-Guattari, \u00ab non pas l\u2019homme en tant que roi de la cr\u00e9ation, mais plut\u00f4t celui qui est touch\u00e9 par la vie profonde de toutes les formes ou de tous les genres, qui est charg\u00e9 des \u00e9toiles et des animaux (\u2026) \u00bb (3). Et aussi, du langage. Ce philosophe conna\u00eet la ballade de l\u2019enfant-po\u00e8te, et dans ses mots ce sont toujours un peu les arbres, les Indiens, les fauves, et le roc, qui parlent. \u00ab Je est un autre \u00bb. Je ne cesse de devenir une multiplicit\u00e9 d\u2019autres. \u00c0 chaque nouveau jeu, un nouveau je. Adeptes des rencontres qui m\u00e9tamorphosent notre point de vue restreint \u00e0 un plan de perceptions humain trop humain, cet enfant-philosophe transgressera les cl\u00f4tures que le philosophe-juge avait soigneusement assign\u00e9 au champ de la connaissance. Il passera la fronti\u00e8re du pays du \u00ab que puis-je conna\u00eetre ? \u00bb et s\u2019\u00e9lancera dans les mers de l\u2019impensable, o\u00f9 les possibles et agencements de ces possibles sont illimit\u00e9s. Ce devenir enfant du philosophe ne signifie pas, insouciance, inconscience, mais plut\u00f4t ouverture de la conscience \u00e0 un niveau magique de la pens\u00e9e. Un niveau qui ne supprime pas l\u2019\u00e9trange \u00e9tranget\u00e9 de la vie mais dont le chemin de connaissance s\u2019efforce de tracer une terre o\u00f9 ces bio-multiplicit\u00e9s puissent librement, viablement, s\u2019exprimer. Certes, cette m\u00e9thode anomale a ses risques, son lot de difficult\u00e9s, son exigence de prudence, puisqu\u2019elle ne dispose pas d\u2019une recette toute faite, applicable en toute circonstance, mais qu\u2019elle exige un renouvellement, un rajustement incessant de ses perspectives au regard de la nouveaut\u00e9 de chaque situation. Mais voil\u00e0 un r\u00e9el d\u00e9fi pour la pens\u00e9e, non ?\u2026 Se tenir \u00e0 hauteur du changement, de l\u2019inattendu, du nouveau, bref de la vie, de cette vie pleine de surprises et d\u2019accidents, de cette vie qui n\u2019est pas gagnante \u00e0 tous les coups. Car qui peut dire avec certitude ce qui lui adviendra demain ? Sera-t-il encore l\u00e0 pour le dire ?<\/p>\n<p>Le philosophe, quelles que soient ses ann\u00e9es de pratiques et d\u2019\u00e9tudes, se doit de rester ce chercheur, humble, vigilant, toujours capable de livrer aux vents ce qu\u2019il mit tant de soin \u00e0 extraire du chaos. Quitte \u00e0 ce que le vent diss\u00e9mine sa cr\u00e9ation et \u00e0 nouveau le restitue aux turbulences de ce chaos, le plantant nu, fragile, face \u00e0 terre. La philosophie na\u00eet de sa confrontation constante aux rafales de la vie, de cette mise en p\u00e9ril d\u2019un savoir si difficilement acquis. Acquis, ais-je dis ? Dans la vie, rien est acquis. Et il va ainsi de l\u2019amour, de l\u2019amiti\u00e9. Ce n\u2019est pas parce que vous vivez avec quelqu\u2019un depuis 20 ans que son amour vous est inconditionnellement acquis. L\u2019amour, l\u2019amiti\u00e9 est une perp\u00e9tuelle cr\u00e9ation qui exige que l\u2019on renouvelle son souffle pour que soit entretenu le feu de la relation. Et il en va ainsi pour cette fameuse amiti\u00e9 de la sagesse, il est peut \u00eatre sage d\u2019accepter qu\u2019elle en passe de temps \u00e0 autre par une misosophie, par un temps o\u00f9 l\u2019on remet tout en question : Quel sens cela a-t-il de faire de la philosophie ? D\u2019\u00eatre-philosophe ? Voil\u00e0 des questions saines. Si le philosophe n\u2019est pas capable d\u2019un tel risque, s\u2019il n\u2019accepte qu\u2019aucune diff\u00e9rentielle ne vienne violenter sa petite famille conceptuelle, troubler l\u2019ordre de son empire, son savoir deviendra vite vide. Et nous le verrons marteler ses petites rengaines. Il aura fait de sa r\u00e9volution un syst\u00e8me dont il sera le premier prisonnier. Ces phrases qui jadis brillaient dans la nuit, tels des \u00e9clairs qui renversaient sa pens\u00e9e seront ternes et sans corps, sans vie. Il aime d\u00e9sormais sa prestance, sa reconnaissance, son pouvoir s\u00fbr\u2026 Cantonn\u00e9 dans son identit\u00e9 de philosophe, il mart\u00e8le \u00ab je est un autre \u00bb mais aucun \u00ab je \u00bb ne se voit f\u00eal\u00e9 par ses dires. Certes, il parle bien. Certes, il accumule les r\u00e9f\u00e9rences. Il jongle m\u00eame avec. C\u2019est un professionnel, mais plus aucun feu ne br\u00fble dans ses yeux. La marmite est froide depuis longtemps. Sa soupe n\u2019a plus de go\u00fbt. Pire, elle a vir\u00e9 au mauvais go\u00fbt. Il faudrait une diff\u00e9rentielle de temp\u00e9rature, un appel d\u2019air pour raviver ce feu de l\u2019enfance qui jadis l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 s\u2019engager en philosophie. Mais tout est d\u00e9sormais b\u00e9tonn\u00e9. Les concepts sont devenus des slogans. On comprend alors, que ceux qui se voient somm\u00e9s d\u2019ingurgiter cette vieille soupe \u00ab conceptuelle \u00bb, sans quoi jamais ils n\u2019acc\u00e9deront au titre \u00ab d\u2019ami de la sagesse \u00bb, h\u00e9sitent\u2026<\/p>\n<p>Ainsi, j\u2019en viens au troisi\u00e8me axe.<\/p>\n<p>3\u00e8me axe.Pourquoi vouloir conserver et perp\u00e9tuer la pratique de la philosophie ?<\/p>\n<p>Je ne sais pas\u2026 Si la philosophie est cette activit\u00e9 bourgeoise, ce sport de luxe, cette culture coup\u00e9e de la vie et de ses corps, si elle ne consiste plus qu\u2019 \u00e0 invoquer de vieux fant\u00f4mes : \u00ab Comme le disait, ce cher Gilles Deleuze\u2026 \u00bb. Si elle n\u2019est plus qu\u2019exposition, d\u00e9ballage de connaissances sur les tables des conf\u00e9rences, si cela devient une affaire de Mus\u00e9e, de conservation, de conversation, de collection de r\u00e9f\u00e9rences. Si dans les salles de cours et d\u2019examen, la pens\u00e9e n\u2019est plus que banale entreprise de recognition pour l\u2019obtention de points ou de grades :<\/p>\n<p>\u00ab Les conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience sont en m\u00eame temps celles de l\u2019objet de l\u2019exp\u00e9rience \u00bb : principe supr\u00eame des jugements synth\u00e9tiques a priori, Kant. 1pt<\/p>\n<p>\u00ab penser, c\u2019est exp\u00e9rimenter \u00bb, \u00ab cr\u00e9er, c\u2019est r\u00e9sister \u00bb : Deleuze. 1pt<\/p>\n<p>Le corps sans organes, c\u2019est : \u00ab ouvrir les guillemets \u00bb<\/p>\n<p>La conscience magique, c\u2019est : \u00ab ouvrir les guillemets \u00bb<\/p>\n<p>Si l\u2019art philosophique n\u2019est pas cette br\u00fblante passion, ce geste risqu\u00e9 et engag\u00e9 dans la vie, si la philosophie n\u2019est pas cette urgente n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019impensable, cette implacable volont\u00e9 de cr\u00e9er, de tracer des pistes qui d\u00e9jouent la pand\u00e9mie de la b\u00eatise, d\u00e9gageant un plan d\u2019horizon l\u00e0 o\u00f9 tout semble d\u00e9sormais contamin\u00e9 et fig\u00e9 dans une paralysie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u2026 alors\u2026<\/p>\n<p>Alors, je ne sais pas, je ne sais pas\u2026<\/p>\n<p>La philosophie est elles qu\u00eates de sens ? Conclusion.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e philosophique surgit d\u00e8s lors que plus rien ne fait sens, au c\u0153ur de l\u2019absence, d\u00e8s lors que se fracture la cha\u00eene des signifiants, humaine trop humaine, institu\u00e9e par l\u2019homme pour l\u2019homme, d\u00e8s lors que se brise la cha\u00eene des habitudes, qu\u2019un probl\u00e8me se pose, et qu\u2019il n\u00e9cessite un traitement. Alors, dans la fa\u00e7on m\u00eame dont s\u2019agencera le traitement de ce qui fait probl\u00e8me, s\u2019enfantera la singularit\u00e9 de notre pens\u00e9e. Ici en l\u2019occurrence, pourquoi faire de la philosophie ? Pourquoi pas plut\u00f4t faire des \u00e9tudes de droits ou cultiver des l\u00e9gumes ou faire du rock and roll, ou s\u2019engager chez Greenpeace ? Mais est-ce incompatible ? Pourquoi ce \u00ab ou \u00bb et pas un \u00ab et \u00bb ? La philosophie n\u2019est elle que l\u2019affaire des \u00e9tudiants en philosophie, de sp\u00e9cialistes ? Ne s\u2019adresse-t-elle pas aussi \u00e0 celui-l\u00e0 qui du fond de sa solitude cherche \u00e0 donner quelques consistances aux tumultes de ses id\u00e9es et ce autrement qu\u2019en ayant recours \u00e0 la pens\u00e9e fast-food? Peut-\u00eatre qu\u2019il est temps de projeter une autre image du philosophe que celle du philosophe, professionnel du langage, coinc\u00e9 dans son identit\u00e9 d\u2019intellectuel, incapable de manier la truelle et le r\u00e2teau, de danser et de chanter. Pourquoi pas celle (entre autres) d\u2019un philosophe-sorcier, passeur, intercesseur entre les mondes, jetant des ponts avec d\u2019autres forces de vie, animales, v\u00e9g\u00e9tales, min\u00e9rales, avec d\u2019autres pans de la connaissance, musique, \u00e9cologies, po\u00e9sie, science, \u00e9thologie, volcanologie, cin\u00e9ma ? Non pour dominer ces diff\u00e9rences une fois l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 consomm\u00e9e, mais pour faire de son chant conceptuel si singulier, la joyeuse f\u00eate de ces alliances qui dansent en tout sens.<\/p>\n<p>Le philosophe, d\u00e9construisant d\u2019une part \u00ab le \u00bb sens qui nous est donn\u00e9 comme une r\u00e9alit\u00e9 fig\u00e9e, inalt\u00e9rable, s\u2019affairant, d\u2019autre part, \u00e0 m\u00eame les tumultes du chaos, \u00e0 cr\u00e9er des passages, des rapports entre ce qui a priori n\u2019en pas.<\/p>\n<p>La philosophie alors comme pure production de sens, cr\u00e9ation de perspectives inactuelles, trac\u00e9 de pistes nouvelles, trou\u00e9e d\u2019horizon, dynamitant blocages et dualismes qui cl\u00f4turent quelquefois notre pens\u00e9e dans un carrousel sans issue.<\/p>\n<p>Car il y a urgence \u00e0 renverser les valeurs, dans un syst\u00e8me o\u00f9 l\u2019on ne remet plus en question le sens in\u00e9luctable que prends le cours du monde : Un sens unique : Une dead line.<\/p>\n<p>Je ne vous l\u2019apprendrai pas, enfin je crois, notre monde, notre monde en plein progr\u00e8s, en pleine croissance, va mal. Tous les jours des enfants cr\u00e8vent dans une indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, que cela soit le fait de la guerre, de la famine, de la maltraitance ou du suicide. Les for\u00eats primaires sont entrain de dispara\u00eetre. Nos \u00e9missions en gaz \u00e0 effet de serre augmentent encore. La terre se r\u00e9chauffe. Les vieux glaciers fondent. Le niveau de la mer monte. Tornades et cyclones sans pr\u00e9c\u00e9dent. Le Gulf Stream menace de s\u2019arr\u00eater. Les attaques terroristes se font de plus en plus d\u00e9sastreuses. On ne parvient pas \u00e0 freiner l\u2019h\u00e9morragie de la pauvret\u00e9. Les riches deviennent encore plus riches. Non, on a pas trouv\u00e9 d\u2019armes en Irak, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte pour la main mise du p\u00e9trole par la bande \u00e0 Bush. La prochaine guerre sera nucl\u00e9aire. Un quart des mammif\u00e8res sont menac\u00e9s d\u2019extinction. La radio formate les chansons pour r\u00e9pondre au mod\u00e8le \u00ab Starnaque \u00bb. L\u2019art est un march\u00e9, et les artistes qui r\u00e9sistent, boycott\u00e9s, r\u00e9duit au silence. Les grandes multi-nationales font la loi. L\u2019\u00e9thique est devenue la science des \u00e9tiquettes. Un ordre mondial et moral unique est en train de semer ses graines un peu partout. Des petits appareils d\u2019enregistrement sans entrailles deviennent l\u2019\u00e9tendard de cette pens\u00e9e uniformis\u00e9e. Oui, la course au progr\u00e8s, la course aux profits, nous conduit d\u00e9sormais \u00e0 la suppression de la bio-diversit\u00e9 et donc, \u00e0 plus ou moins long terme, \u00e0 l\u2019extinction de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Comment face \u00e0 un tel constat, ne pas paralyser sa pens\u00e9e ? Comment ne pas courber l\u2019\u00e9chine, se r\u00e9signer dans un \u00ab de toute fa\u00e7on, on n\u2019y changera rien \u00bb, et en conclure \u00e0 un \u00ab ainsi soit-il \u00bb ?<\/p>\n<p>L\u2019impuissance nous \u00e9treint de partout.<\/p>\n<p>La philosophie, si elle se fait pens\u00e9e de l\u2019impensable, a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans la lev\u00e9e de ces impossibilit\u00e9s. Non en conjurant la diversit\u00e9 des sens que le bon sens appelle non-sens, ou encore contresens, mais en habitant de sa conscience la diversit\u00e9 des possibles. Car si nous ne voulons pas pactiser, il nous faudra ruser, inventer des agencements originaux, des styles de vie \u00e0 contre-courant. La cr\u00e9ation philosophique, telle que je la con\u00e7ois, tient ce r\u00f4le d\u2019 obstacle \u00e0 la b\u00eatise et \u00e0 la pens\u00e9e unique. Elle est ce dispositif de r\u00e9sistance \u00e0 la suppression de la biodiversit\u00e9. Par son incessante reformulation des probl\u00e8mes, sa mise en examen critique, g\u00e9n\u00e9alogique, \u00e9thique et langagi\u00e8re de ce qui semble aller de soi, l\u2019art de la philosophie peut perturber nos id\u00e9es arr\u00eat\u00e9es, \u00e9branler nos pr\u00e9jug\u00e9s, \u00f4ter nos oeill\u00e8res, m\u00e9tamorphoser notre point de vue quelquefois \u00e9triqu\u00e9, r\u00e9volutionner, non pas le monde mais notre point d\u2019assemblage usuel et syst\u00e9matique du monde.<\/p>\n<p>Certes, la philosophie n\u2019est pas la seule \u00e0 pouvoir mener cette lutte. Elle le fait \u00e0 son niveau par la cr\u00e9ation de concept. Le documentariste le fera, via sa cam\u00e9ra, par exemple en donnant la parole aux arbres, aux tigres, aux oubli\u00e9s des bienfaits de notre monde en pleine croissance. En fait chaque discipline a ce pouvoir, il suffit de le vouloir\u2026 Mais le veut-on r\u00e9ellement ?<\/p>\n<p>Le monde est devenu un mauvais film, dont nous sommes tant les acteurs que les spectateurs. Nous avons le choix pourtant de limiter notre contribution \u00e0 sa diffusion. Nous pouvons le court-circuiter, le jouer autrement, le d\u00e9monter, le monter et le mixer autrement. Et chacun de nous, je veux dire nous, les enfants de la terre, s\u00e9cr\u00e9tons ce feu n\u00e9cessaire \u00e0 la cr\u00e9ation immanente d\u2019autres agencements, d\u2019autres mondes, d\u2019autres possibilit\u00e9s de vie.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre, qu\u2019il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que face \u00e0 un tel constat, \u00e0 un tel bilan de l\u2019\u00e9tat de notre plan\u00e8te, les divers chemins de connaissance se mettront \u00e0 se croiser, les machines de pens\u00e9e se mettront \u00e0 s\u2019entre-f\u00e9conder, \u00e0 coexister, au lieu de se demander \u00e0 qui revient la v\u00e9rit\u00e9 sur, le pouvoir sur, au lieu de viser sa carri\u00e8re, sa reconnaissance publique, son pouvoir financier\u2026 Et qu\u2019enfin cessera cette petite gu\u00e9guerre des savoirs et des religions. Et qu\u2019enfin on se mettra \u00e0 voir l\u2019urgence qu\u2019il nous enjoint de cr\u00e9er des liens, d\u2019inventer un nouveau type de solidarit\u00e9 entre ces \u00eelots de savoir, tout en ne n\u00e9gligeant pas de respecter le chant particulier de chaque r\u00e9gion. Et qu\u2019enfin, cet archipel actera \u00e0 un \u00ab r\u00e9sister ensemble \u00bb dans l\u2019urgence de r\u00e9activer, de restaurer un peu de vie l\u00e0 ou celle-ci se d\u00e9grade de jours en jours, l\u00e0 o\u00f9 la bio-diversit\u00e9 tend \u00e0 s\u2019amenuiser. Et que peut-\u00eatre, alors, \u00e0 la fronti\u00e8re de nos diff\u00e9rences, s\u2019enfanteront des terres o\u00f9 il fasse bon respirer.<\/p>\n<p>Pour moi, cette pratique de la diff\u00e9rence, plus qu\u2019un souhait qui se conjugue au futur, commence ici et maintenant par une mise en pratique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de notre petit microcosme, de notre corps, de notre conscience. Cela commence par travailler \u00e0 accueillir nos diff\u00e9rences, nos \u00e9tranget\u00e9s, nos paradoxes, \u00e0 faire coexister notre c\u00f4t\u00e9 rationnel et notre part de folie, \u00e0 apprivoiser cette damn\u00e9e solitude, cette in\u00e9vitable mort, \u00e0 rencontrer ces puissances \u00e0 la foi animales et min\u00e9rales, ces sens de la terre et du cosmos.Tout cela, oui, la cr\u00e9ation philosophique me l\u2019a permis et me le permet encore chaque jour. Alors que voulez-vous que je vous dise, sinon lui dire encore merci.<\/p>\n<p>(1) Descartes Ren\u00e9, Discours de la m\u00e9thode.<\/p>\n<p>(2) Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.<\/p>\n<p>(3) Deleuze Gilles, Guattari F\u00e9lix, L\u2019anti-Oedipe. p.10.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Athane Adrahane (2006) \u00ab Pourquoi philosopher ? 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