{"id":218,"date":"2011-02-10T18:45:55","date_gmt":"2011-02-10T18:45:55","guid":{"rendered":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelles\/?p=218"},"modified":"2013-03-31T20:28:10","modified_gmt":"2013-03-31T20:28:10","slug":"le-regard-autre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/2011\/02\/10\/le-regard-autre\/","title":{"rendered":"Le regard autre"},"content":{"rendered":"<p>par Athane Adrahane (2007)<br \/>\n<a id=\"readmore-entry110210-161057\"><\/a>Bonsoir \u00e0 tous,<\/p>\n<p>Je voudrais d\u2019abord remercier le centre culturel Omar Khayam (1), pour cette invitation, fruit d\u2019une rencontre qui s\u2019est d\u2019abord op\u00e9r\u00e9e avec l\u2019univers livresque de \u00ab La conscience magique \u00bb. Ce qui anime votre travail rencontre par certains axes le mien. Vous, comme moi, cherchez \u00e0 cr\u00e9er un espace\/temps o\u00f9 les valeurs et les diff\u00e9rences puissent coexister, un monde o\u00f9 le rapport \u00e0 autrui ne se vit pas exclusivement sous le mythe de la colonisation \u00e0 sens unique, une domination de droit d\u2019une culture par une autre, d\u2019une classe par une autre, d\u2019un r\u00e8gne par un autre. Un univers o\u00f9 \u00ab l\u2019autre \u00bb, quelle que soit sa couleur ou sa langue, puisse valoriser sa singularit\u00e9, son mode de rencontre au monde sans craindre que parce que ce mode n\u2019est pas semblable \u00e0 celui du voisin, celui-ci n\u2019ait pas droit d\u2019expression. De ce monde \u00e0 cr\u00e9er, vous en parlez dans les termes \u00ab d\u2019espace de l\u2019entre-deux \u00bb et l\u00e0 encore, il y a rencontre entre nous, tant dans l\u2019esprit que dans le concept, puisque l\u2019entre-deux est un concept clef de \u00ab La conscience magique \u00bb.<\/p>\n<p>O\u00f9 se trouve cet espace\/temps de l\u2019entre-deux ? Je crains qu\u2019il n\u2019y ait pas de carte toute faite qui nous conduirait \u00e0 ce pr\u00e9cieux tr\u00e9sor, \u00e0 cette terre originale (original au double sens du terme, d\u2019une part \u00ab qui existe d\u00e8s l\u2019origine \u00bb, et d\u2019autre part nouveau, singulier, in\u00e9dit) car d\u2019une part cet espace n\u2019existe qu\u2019en le cr\u00e9ant et d\u2019autre part cette terre originale ne cesse de nous devancer, de nous pr\u00e9c\u00e9der. Cela existe, mais sur un autre plan de conscience comme les mirages d\u2019oasis qui s\u2019enfantent \u00e0 l\u2019arrach\u00e9e de longues travers\u00e9es de d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Cet entre-deux est un antre \u00e0 la g\u00e9ographie mouvante, aux fronti\u00e8res fluctuantes. Dans cet endroit ou plut\u00f4t cet envers d\u2019un monde actuel o\u00f9 dominent les malentendus, les <!--more-->barbaries, une tendance \u00e0 la suppression des diff\u00e9rences au profit d\u2019une logique dominante de l\u2019uniformisation mondiale, dans cet \u00ab envers \u00bb se cr\u00e9ent une autre communication, une autre \u00e9coute, plus profonde, plus intense puisque s\u2019op\u00e9rant au niveau de nos diff\u00e9rences, de nos singularit\u00e9s, de nos solitudes, de ce qui est essentiel.<\/p>\n<p>Un livre peut devenir un tel espace de rencontre, une fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire cette ligne mouvante, cette fronti\u00e8re transformante. Fronti\u00e8re qui se vit, se comprend, comme une faille \u00e0 habiter plut\u00f4t que comme une cl\u00f4ture, un mur dress\u00e9 entre deux pays. Ce livre serpente donc entre des univers tr\u00e8s vari\u00e9s comme le cin\u00e9ma de David lynch, de Pedro Almodovar, le rock an roll, les volcans, la po\u00e9sie, la philosophie de Gilles Deleuze, de Friedrich Nietzsche, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Antonin Artaud\u2026 Cette ligne de faille, g\u00e9ologique puisque enfantant une terre originale, est philosophique, conceptuelle, puisque telle est ma pratique. Mais comme je ne suis pas que philosophe, ce trac\u00e9 se voit grossi, nourri, f\u00e9cond\u00e9 par les autres affluents que sont mes autres pratiques et passions (la photographie, la musiques, le cin\u00e9ma). On voit souvent la philosophie comme une entreprise terriblement abstraite, et le philosophe comme un intellectuel qui ne salit jamais ses mains, clo\u00eetr\u00e9 qu\u2019il est dans son fief universitaire. Il y a un peu de vrai l\u00e0-dedans. Mais moi, je viens d\u2019un autre monde philosophique, entre autres, celui de Gilles Deleuze et de F\u00e9lix Guattari. Et ces philosophes, pour qui la philosophie est une cr\u00e9ation, une cr\u00e9ation de concepts, disent ceci de tr\u00e8s beau :<\/p>\n<p>\u00ab Le philosophe doit devenir non-philosophe, pour que la non-philosophie devienne la terre et le peuple de la philosophie \u00bb<\/p>\n<p>Ce livre plus qu\u2019un livre, est une tentative cr\u00e9atrice de traverser les multiples mondes qui \u00ab nous \u00bb habitent et que nous ne cessons de cr\u00e9er, de donner la parole \u00e0 nos peuples intimes, de tracer un r\u00e9seaux entre ces peuplades, d\u2019\u00e9tablir une cartographie de la plan\u00e8te que nous h\u00e9bergeons chacun en nos corps.<\/p>\n<p>2. Toute personne est bien plus que le r\u00f4le, le sexe, la race ou la fonction qu\u2019on lui assigne, qu\u2019il s\u2019assigne.<\/p>\n<p>Nous partirons donc du cri bien connu du po\u00e8te Arthur Rimbaud, de sa d\u00e9couverte fulgurante :<\/p>\n<p>\u00ab Je est un autre \u00bb<\/p>\n<p>Creusons plus loin le chemin.<\/p>\n<p>\u00ab Je \u00bb est une multiplicit\u00e9 d\u2019autres<\/p>\n<p>Toute personne est une plan\u00e8te. Dans cette plan\u00e8te, toutes sortes de tribus aux m\u0153urs, aux rites, aux croyances diff\u00e9rentes, quelques fois oppos\u00e9e. Dans cette tribu des personnages aux couleurs et aux luminosit\u00e9s diverses. Dans cette plan\u00e8te, toute une faune et toute une flore, des villes, des montagnes, des ours, des entit\u00e9s anomales.<\/p>\n<p>Toute personne est une constellation peupl\u00e9e d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019univers. Toute conscience, tout corps est multiversel. Parmi ces univers qu\u2019on habite, qui nous habitent et qui entrent en interaction, on trouve les plus \u00e9vidents : ceux de la famille, du milieu scolaire, professionnel, de la communaut\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Il y a aussi toutes ces communaut\u00e9s moins officielles, un peu inavouables, un peu secr\u00e8tes, ces mondes o\u00f9 l\u2019on peut passer \u00e9norm\u00e9ment de temps et qui nous construisent aussi. Il y a tous ces devenirs non-humains. Que veut dire faire partie de la tribu des fleurs, des papillons ? Le photographe ou celui qui travaille la terre, le jardinier, comprend bien cela. Ce sont des pactes, des alliances tr\u00e8s pr\u00e9cieuses qui engagent notre vie.<\/p>\n<p>Monde de livres, de films ou univers musicaux, sont des lieux g\u00e9ographiques o\u00f9 l\u2019on grandit, autant que dans une maison, une ville. Ce sont des mondes r\u00e9els. Lorsqu\u2019il y a rencontre avec ces mondes, ce sont de v\u00e9ritables aventures qui engagent des amiti\u00e9s, des pactes, des contrats. Il y a des passations d\u2019\u00e9nergie. Qui ne s\u2019est jamais senti r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s un film ? Qui ne s\u2019est senti la s\u0153ur de tel ou tel personnage de roman? Ces entit\u00e9s d\u2019art peuplent notre monde, ils peuvent devenir des alli\u00e9s urgents \u00e0 convoquer en cas de danger ou de peur.<\/p>\n<p>Il est vrai que dans notre culture domin\u00e9e, satur\u00e9e par l\u2019empire du visuel, ces passations d\u2019\u00e9nergie ne se voient plus. Le d\u00e9licat, l\u2019imperceptible qui change tout, \u00e9chappe \u00e0 nos consciences obnubil\u00e9es du r\u00e9sultat imm\u00e9diat. Dans notre mythe capitaliste, celui de la consommation effr\u00e9n\u00e9e, o\u00f9 tout nous est d\u00fb, puisque nous sommes le centre du monde, les entit\u00e9s d\u2019art n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 ce r\u00e9gime \u00e9nergivore. On consomme, on prend. On ne consid\u00e8re plus comme pr\u00e9cieux, sacr\u00e9, ce qui se donne \u00e0 nous, ce qui nous nourrit. On oublie de dire merci, de faire circuler le flux. Dans notre mythe capitaliste, nous ne voyons plus les anges. Il n\u2019y a rien de mystique dans cette assertion, c\u2019est tr\u00e8s concret. L\u2019ange peut \u00eatre juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, cela peut \u00eatre la personne avec qui l\u2019on vit depuis vingt ans et qui nous a relev\u00e9 de bien des tr\u00e9pas, le voyageur d\u2019un instant qui illuminera la travers\u00e9e de nos caldeiras d\u00e9sol\u00e9es, ou encore le film qui changera notre vie. Inverser le r\u00e9flexe consum\u00e9riste, c\u2019est apprendre \u00e0 voir ce qui ne se voit et c\u2019est cela \u00ab le regard autre \u00bb, c\u2019est ce que nous tentons ce soir. En anglais \u00ab regards \u00bb veut dire amiti\u00e9, \u00ab amiti\u00e9 \u00bb dans la langue que le renard a apprise au Petit Prince de Saint-Exup\u00e9ry cela veut dire apprivoiser qui veut dire tisser des liens, c\u2019est-\u00e0-dire : enfanter cette ligne invisible, cette onde magique qui connecte ensemble des mondes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>3 : Reprenons : \u00ab je est un autre \u00bb, je deviens une multiplicit\u00e9 d\u2019univers. Dans un corps, dans le \u00ab Je \u00bb donc des mondes aussi diff\u00e9rent que cela : (ici passage d\u2019extraits issus de diff\u00e9rents films, diff\u00e9rents mondes)<\/p>\n<p>Ces multiples mondes se chevauchent, se coupent, entrent en interaction, en conflits, se touchent, s\u2019\u00e9jectent ou cr\u00e9ent ensemble d\u2019autre mondes. De ces mouvements, de ces danses tectoniques, de leurs connexions, nous ignorons beaucoup. La fa\u00e7on dont ces plans s\u2019agencent, touche au grand myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Trop souvent, nous r\u00e9duisons l\u2019immense myst\u00e8re que nous sommes \u00e0 nous-m\u00eame en une explication qui nous fige et nous paralyse dans un r\u00f4le, une fonction, une temporalit\u00e9 historique. \u00ab Je suis fonctionnaire de l\u2019Etat, et non, enfant de la for\u00eat \u00bb. Nous tenons ces univers pour des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es, allant dans des sens divergents, paradoxaux. Incapables de penser dans le paradoxe, nous rejetons cet impensable. Nous l\u2019enfouissons loin de notre quotidien dans des zones \u00e9tiquet\u00e9es \u00ab obscures \u00bb, jug\u00e9es \u00ab dangereuses \u00bb pour notre sant\u00e9 mentale. Mais ce n\u2019est pas parce que l\u2019on d\u00e9robe \u00e0 notre vue ce qui nous effraie, nous violente, nous touche intens\u00e9ment, nous remet en question, nous pousse aux limites de notre compr\u00e9hension, que cela ne continue pas \u00e0 agir quelque part. Et alors, non conscient de cela, d\u00e9cidant de ne pas nous attarder \u00e0 la nature complexe de ce qui nous habite, nous en devenons les instruments.<\/p>\n<p>Enfant, d\u2019instinct nous comprenions ce concept du multiversel car nous d\u00e9ambulions sans arr\u00eat dans de nombreux univers tr\u00e8s myst\u00e9rieux. Tout rapport \u00e0 l\u2019inconnu, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, m\u00eame si il y a peur est exp\u00e9rimentation qui nous transforme, de quoi nous apprenons. \u00c0 chaque nouveau jeu, un nouveau je. Chevalier et cheval, ange et sorcier, fille de et soeur de. Nous devenions mondes et paysages que nous traversions. Nous chevauchions cette onde magique qui connecte ensemble les mondes et dont le passage d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une autre devient de plus en plus conscient au fil de l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a eu la colonisation de notre bio diversit\u00e9 par le programme d\u2019uniformisation des corps et des pens\u00e9es. Il y eut l\u2019av\u00e8nement du r\u00e8gne de la rationalit\u00e9 asseyant sa sup\u00e9riorit\u00e9 de droit sur toute les autres fa\u00e7ons de conna\u00eetre, sur les autres cultures et r\u00e8gnes du vivant. Une carte d\u2019identit\u00e9 \u00e0 laquelle d\u00e9sormais nous nous identifierons exclusivement a remplac\u00e9 ces cartographies nomades que nous tracions au fil de nos devenirs. Un seul nom, une seule langue, un seul corps, une seule pens\u00e9e. On comprend que ces programmes rendent quelque peu difficile la compr\u00e9hension de concept tel que multiplicit\u00e9, m\u00e9tamorphose, na\u00eetre de ce que l\u2019on rencontre. Ils ont conditionn\u00e9 notre \u00e9pist\u00e8me, notre approche dans la connaissance, notre rapport \u00e0 l\u2019inconnu, \u00e0 l\u2019autre. L\u2019autre, ce myst\u00e8re inexplicable doit \u00eatre ramen\u00e9 au m\u00eame. L\u2019autre, monde ruisselant de myst\u00e8re doit \u00eatre enferm\u00e9 dans des cases, des grilles, des cat\u00e9gories pareilles pour tout le monde. Et si l\u2019autre est un peu trop rebelle, r\u00e9calcitrant, insaisissable, si son int\u00e9gration dans le programme d\u2019uniformatisation ne fonctionne pas, qu\u2019il diverge trop radicalement, il sera exclu, \u00e9radiqu\u00e9 du syst\u00e8me dominant de pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Si ces programmes prennent beaucoup de place, il n\u2019y a pas eu complet formatage de nos autres espace\/temps. Nous ne sommes pas une fois pour toute programm\u00e9s, d\u00e9termin\u00e9s. Nous pouvons devenir tellement de choses diff\u00e9rentes. Comment acc\u00e9der \u00e0 ces mondes enfouis dont nous ne connaissons plus les mots de passe, \u00e0 ces couches profondes dont nous avons perdu les clefs et qui grouillent sourdement aux portes de notre conscience. Dans chacun des mondes travers\u00e9s, on a sem\u00e9 des graines qui ont donn\u00e9 naissance \u00e0 des corps de terre, corps de r\u00eave. Si certains de ces corps sont morts faute d\u2019irrigation, certains ont fait germer des oasis luxuriantes, tr\u00e8s peupl\u00e9es et attendent patiemment notre retour, d\u2019autres encore, trop longtemps oubli\u00e9s, jamais \u00e9cout\u00e9s, r\u00eavent de reprendre le contr\u00f4le total de notre conscience. Ceux-l\u00e0 ne sont pas \u00e0 r\u00e9veiller sans vigilance, sans pr\u00e9caution. Lecture de \u00ab la conscience magique \u00bb p. 59 et 60.<\/p>\n<p>Les films mais aussi les musiques, danser, \u00e9crire, chanter, photographier, sont de tr\u00e8s bons guides pour apprivoiser ces zones inconnues. Ce sont des passeurs entre les mondes.<\/p>\n<p>Si un personnage de film dont les aventures se vivent \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ma vie quotidienne, parvient \u00e0 capter en moi une intensit\u00e9 tr\u00e8s profonde, inexplicable, si une musique m\u2019emporte \u00e0 des altitudes inou\u00efes, que l\u00e0 au paroxysme de cette ascension, elle me fissure en larmes, alors elle ouvre en moi un chemin vers mes profondeurs, vers ma source vitale, mon feu cr\u00e9ateur. On a senti une lib\u00e9ration d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9cieux, il faut y pr\u00eater attention. On a touch\u00e9 \u00e0 quelque chose d\u2019important. C\u2019est un \u00e9v\u00e8nement. Car m\u00eame si ce chemin ne reste \u00e0 notre conscience que le temps de la musique, du film ou du livre, que le livre referm\u00e9 et nos corps repris par le stress quotidien, ces r\u00e9v\u00e9lations disparaissent et retournent dans des profondeurs inaccessibles, nous avons n\u00e9anmoins vu et habit\u00e9 l\u2019espace d\u2019un instant la faille. Nous savons que cela vibre au-dedans de nous. Si l\u2019on veut maintenir cette art\u00e8re ouverte, faire circuler fluidement le sang de nos terres, il faut maintenant cr\u00e9er, mettre sur pied une exp\u00e9dition pour naviguer de toute notre conscience \u00e0 m\u00eame ces mers de l\u2019impensable. On n\u2019y va pas comme cela. La dynamique de la cr\u00e9ation est un excellent v\u00e9hicule pour cette exp\u00e9dition au coeur de nos multiplicit\u00e9s. Peu importe l\u2019art, l\u2019artisanat, que l\u2019on choisit, nous ne sommes pas restreints aux 7 arts officiels. Examinons-en deux : la sculpture et la photographie.<\/p>\n<p>Livrons- nous \u00e0 un petit exercice pratique : Voici de la terre. (de la terre glaise est donn\u00e9e aux public) Entrons dans le monde de la sculpture. Laissons nos mains nous guider. Que me r\u00e9v\u00e8lent mes mains sur mes mondes enfouis, sur mes divers peuples? Nous serions \u00e9tonn\u00e9s de voir que nos mains ont tout un savoir dont le \u00ab je \u00bb ne sait rien. Les mains ont quelques choses du regard. Elles nous guident \u00e0 travers d\u2019autres mill\u00e9naires. Elles nous connectent avec la mati\u00e8re, le min\u00e9ral, la glaise\u2026 Elles nous font entrer en dialogue avec des paysages d\u2019avant l\u2019homme, avec la pierre, les puissances telluriques. La sculpture, une fois termin\u00e9e, se fait trace de nos exp\u00e9ditions. Il y a en elle le conte, le r\u00e9cit de tout un voyage. Ce qui importe,<\/p>\n<p>Sculpture-volcan r\u00e9alis\u00e9e par une enfant lors de cet exercice<\/p>\n<p>c\u2019est autant la sculpture enfant\u00e9e que le chemin qui nous a permis de construire ce personnage-monde et qui lui, \u00e0 son tour, nous emm\u00e8nera ailleurs et ailleurs.<br \/>\nPassons \u00e0 l\u2019art photographique, cette s\u00e9rie de photographies que vous pouvez voir ce soir, est intitul\u00e9e \u00ab fragment du peuples de tes fissures \u00bb. Un monde se peuple d\u2019une pluralit\u00e9 de peuples, un corps d\u2019une pluralit\u00e9 de corps. Pas un moi unidimensionnel mais une pluralit\u00e9 de personnages, une faune et une flore, des devenirs animaux, v\u00e9g\u00e9taux qui vont dans des sens multiples et oppos\u00e9s. Photographier, c\u2019est \u00e9crire avec la lumi\u00e8re, r\u00e9v\u00e9ler les multiples luminosit\u00e9s d\u2019un corps, ses profondeurs de chants. Donner corps \u00e0 nos peuples int\u00e9rieurs, donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre ce qui se passe dans l\u2019invisible.<\/p>\n<p>La photographie est toujours une rencontre entre corps \u00e9trangers, que ceux-ci soient en nous ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de nous, qu\u2019il s\u2019agisse de paysages humains ou non humains. La photographie donne \u00e0 voir ces interactions. Pour moi, une photo est r\u00e9ussie, s\u2019il y a rencontre, s\u2019il y a pacte avec l\u2019\u00e9l\u00e9ment que l\u2019on photographie. Car cet \u00e9l\u00e9ment, on le devient toujours un peu. Dans un monde se dissimule une pluralit\u00e9 de mondes. Le paysage montagneux que je regarde n\u2019est pas que min\u00e9ral. Il y a une multiplicit\u00e9 de petits peuples qui grouillent mais qu\u2019on ne voit pas directement. On y trouve toutes sortes de mouvements imperceptibles, de d\u00e9placements mol\u00e9culaires, de danses aux agencements complexes qui font intervenir des acteurs tr\u00e8s disparates, toute une bio-diversit\u00e9. L\u2019humain est aussi un paysage<br \/>\nmyst\u00e9rieux, vaste complexit\u00e9 faite d\u2019une multiplicit\u00e9 de connexions pluridirectionnelles. Figer l\u2019autre dans une identit\u00e9 unidimensionnelle, r\u00e9duit nos chances de le rencontrer. Enfermer autrui dans une image, dans un r\u00f4le unique est r\u00e9ducteur. \u00ab Toi : mon fils \u00bb. Photographier dans une perspective magique comme nous la pratiquons dans cette s\u00e9rie, consiste \u00e0 ouvrir ces prisons d\u2019images o\u00f9 l\u2019on s\u2019enferme, \u00e0 capter ces multiplicit\u00e9s inconnues qui nous habitent, \u00e0 faire \u00e9clore d\u2019autres chants de subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Les ouvertures sont n\u00e9cessaires \u00e0 une bonne circulation. C\u2019est comme les \u00e9difices volcaniques, ce sont des ouvertures n\u00e9cessaires qui permettent \u00e0 la terre de respirer, d\u2019\u00e9vacuer la terrible chaleur et les fortes pressions qui y sont contenues. Sans les volcans, la terre imploserait. Et bien, de par le fait que nous sommes des enfants de la terre, il y a en nous une m\u00eame dynamique qui s\u2019op\u00e8re. Il faut maintenir des ouvertures, cr\u00e9er des chemin\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire des chemins qui nous permettent d\u2019assurer une bonne circulation entre surface et profondeur, connu et inconnu, visible et invisible, sinon\u2026 nous implosons. On ne peut rester sans danger avec d\u2019immenses tensions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. Cr\u00e9er au sens d\u2019une conscience magique, c\u2019est cela, c\u2019est m\u00e9nager des ouvertures qui permettent de ne pas imploser, de canaliser, d\u2019art\u00e8riser nos \u00e9nergies.<\/p>\n<p>4. Je voudrais insister ici bri\u00e8vement sur quelques mots en lesquels la conscience magique plonge un regard singulier : solitude, mort, peur, violence, blessure. De nouveaux, ce \u00ab regard autre \u00bb consiste \u00e0 apprivoiser, \u00e0 tenter l\u2019aventure de l\u2019amiti\u00e9, \u00e0 construire des liens intimes avec ces mots. (Pour apprendre \u00e0 voir comment un mot chante en nous, \u00e0 quelles perceptions il nous ouvre : mise en pratique sur le mot \u00ab \u00e9trange \u00bb et \u00ab lampe \u00bb )<\/p>\n<p>Une conscience magique, une conscience artiste, tente l\u2019op\u00e9ration p\u00e9rilleuse de transmuter ces zones de solitude, pour beaucoup, zones assimil\u00e9es \u00e0 de la maladie, de l\u2019abandon, de l\u2019exclusion, en une grande solitude, une f\u00eate o\u00f9 sont convi\u00e9s nos mondes int\u00e9rieurs. Entrer dans sa solitude, c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer dans sa profondeur, dans sa nuit, sa nudit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 on se trouve devant sa vie, devant sa mort. Car il est un fait, la vie n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e de la mort : \u00ab aujourd\u2019hui vivant, demain mort \u00bb. Se confronter \u00e0 cette mort grandit la vie, la rend pr\u00e9cieuse et nous rend humbles car rien n\u2019est \u00e9ternel, tout peut dispara\u00eetre, alors il faut prendre soin de cette vie.<\/p>\n<p>Alors, certes, cela fait peur, mais la peur est une clef qui ouvre des portes et qui en ferme \u00e9galement. De quoi avons-nous peur ? De l\u2019inconnu, de cet autre inexplicable, de cette \u00e9tranget\u00e9 inqui\u00e9tante qui effraie parce qu\u2019elle nous sort de nos habitudes, bouleverse notre ordre, fait chavirer nos repaires, \u00e9branle nos certitudes. Peur aussi de la fin du monde, peur du noir, de la nuit et de ses cris inhumains, peur que l\u2019amour disparaisse, peur de la mort, peur de la vie changeante, intempestive, insaisissable. Mais que faire de cette peur ? L\u00e0, se situe le choix\u2026 On peut choisir de voir la peur, de la maintenir \u00e0 notre conscience, de la d\u00e9passer en l\u2019affrontant. Pour cela, il faut y travailler, cr\u00e9er les agencements qui nous permettrons d\u2019aller au-del\u00e0 de son vecteur paralysant. Affronter ses peurs rend fort parce que cela nous fait sortir de nos sentiers battus. On peut aussi, ne voulant pas op\u00e9rer de changement en nous, fort de nos certitudes, pr\u00e9f\u00e9rer supprimer, faire dispara\u00eetre ce qui nous fait peur et menace notre confort, notre s\u00e9curit\u00e9. (Les contes sont ici multiples) (2)<\/p>\n<p>Une conscience magique fait remonter \u00e0 la surface nos blessures. Elle les \u00e9coute, les photographie, les cartographie, les laisse s\u2019exprimer sur un plan cr\u00e9ateur, lib\u00e9rateur. Elle fait de la fragilit\u00e9 une force int\u00e9rieure, de l\u2019accident une singularit\u00e9, une source de pouvoir. Le personnage de mes cin\u00e9magories philosophiques s\u2019avance en sorcier-sourcier. Il s\u2019essaye \u00e0 transmuter en source de vie ce qui se fait poison biotoxique. On a tous des blessures, (rupture sentimentale, perte d\u2019un proche, exclusion). Ces blessures parce que profond\u00e9ment enfouies et non-port\u00e9es \u00e0 notre attention peuvent nous paralyser ou devenir vecteur de ressentiment, de violences d\u00e9vastatrices, barbares. Combien de fois n\u2019assistons-nous pas \u00e0 ces sc\u00e8nes o\u00f9 se diss\u00e9mine dans les relations, la petite haine accumul\u00e9e, cette petite haine soigneusement cach\u00e9e qui finit par pourrir une relation, la conduisant sur une dead-line sans retour ? Nous ne sommes pas sans blessures, sans violences. Nier nos violences, nos peurs, nos blessures ne nous ferons pas les d\u00e9passer. Une pens\u00e9e magique est un th\u00e9\u00e2tre de la gu\u00e9rison o\u00f9 se panse la blessure. Dans des espaces alors cr\u00e9\u00e9s \u00e0 cette occasion, il s\u2019agit de rejouer \u00e0 m\u00eame notre corps et en toute conscience nos violences, nos peurs. Il faudrait pouvoir faire cohabiter et danser ensemble ces personnages intensifs qui incarnent nos zones de violences, de douceurs, de peurs, de joies, d\u2019innocences. Car tous ont leur r\u00f4le \u00e0 jouer dans cet \u00e9cocr\u00e9ation de nos corps dont l\u2019\u00e9quilibre est terriblement fragile. C\u2019est tout une \u00e9cologie de l\u2019\u00e2me-corps qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9ployer. Une terre en grande sant\u00e9 est une terre diversifi\u00e9e mais aussi une terre o\u00f9 se multiplient les connexions entre ces mondes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Une terre diversifi\u00e9e, c\u2019est une terre g\u00e9n\u00e9reuse, o\u00f9 il devient possible de donner et non de toujours forc\u00e9ment prendre jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puiser l\u2019autre dans ces ressources vitales. C\u2019est une terre qui sait aussi recevoir. Parce que ayant vu que la vie est pr\u00e9cieuse, l\u2019autre (l\u2019humain, fleur, papillon), de par la vie qu\u2019il abrite est aussi un cadeau. Cultiver son jardin, faire fleurir son univers int\u00e9rieur, le peupler, n\u2019est donc pas s\u2019insulariser et se couper, se fermer \u00e0 l\u2019autre, c\u2019est s\u2019initier \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 impensable, \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. C\u2019est autrement s\u2019ouvrir, autrement aller chez l\u2019autre. C\u2019est le contraire d\u2019une \u00e9gologie, puisque ce processus cartographique permet de d\u00e9ployer l\u2019amplitude de notre conscience, d\u2019en \u00e9largir le r\u00e9seau donc de devenir conscient des autres univers qui nous entourent. Devenir r\u00e9ceptif \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 sa musique, apprendre \u00e0 rencontrer l\u2019inconnu et ainsi ne pas restreindre la focale de notre conscience \u00e0 une ouverture de type mon petit moi, mon petit confort d\u2019abord. Travailler \u00e0 une conscience magique, c\u2019est op\u00e9rer le lien du \u00ab si loin, si proche \u00bb.<\/p>\n<p>5. Si nous reprenons les extraits de films de tout \u00e0 l\u2019heure, entre tous ces mondes (ces extraits, ces fragments d\u2019images) situ\u00e9s \u00e0 des lieux de distance, il para\u00eet n\u2019y avoir aucun lien. Et pourtant, au plus profond de moi, je sens qu\u2019entre les images, entre ces plans, une ligne de cr\u00eate, une ligne g\u00e9ologique lie ensemble tous ces pics d\u2019intensit\u00e9. Ce fil transversal, ce r\u00e9seau souterrain, a\u00e9rien, hydrographique, est \u00e0 cr\u00e9er car ce chemin n\u2019est pas pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9. Quels liens ? Et bien, c\u2019est un peu tout ce qu\u2019on vient de dire. Quel est le lien invisible qui lie l\u2019ours polaire nomade du d\u00e9sert blanc menac\u00e9 de dispara\u00eetre par le r\u00e9chauffement climatique, et le destin incertain du peuple Maori, \u00e9cartel\u00e9 entre deux mondes, celui de leur tradition et celui de la modernit\u00e9 ? Quel est le lien entre les enfants du Berlin d\u2019apr\u00e8s-guerre des \u00ab Ailes du d\u00e9sir \u00bb (3) , les deux petits m\u00f4mes du Maroc dans le film \u00ab Babel \u00bb (4) et Rita-Betty de \u00ab Mulholland Drive \u00bb (5) ? \u00c0 la confluence de mes larmes, toutes les larmes des mondes. Un fil rouge lie ma blessure \u00e0 toutes les blessures. Je suis connect\u00e9 e \u00e0 une ligne de faille plus vaste que l\u2019\u00e9difice de mon moi personnel. Je ne suis pas n\u00e9 e que d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re belge, je suis un enfant de la terre, s\u0153ur de Laura Palmer (\u00ab Twin Peaks \u00bb(6)), de Pai (\u00ab Whale Rider \u00bb(7)), de Brel, ou de Nick Cave. Quelle blessure plus que personnelle que cette blessure qui est celle de l\u2019enfant de l\u2019Occident qui ne peut que voir la mise en place d\u2019une carte mondiale dessin\u00e9e selon les jeux de pouvoir des puissants! Carte d\u2019un monde dont la religion commune semble d\u00e9sormais le Profit et ce, au d\u00e9triment d\u2019une partie silencieuse, forc\u00e9e de chercher dans les d\u00e9chets de quoi se nourrir. Carte d\u2019un monde fait de guerres, de corruptions et de malentendus. Carte d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019on tue partout de la vie que celle-ci soit animale, v\u00e9g\u00e9tale ou humaine. Carte d\u2019un monde en pleine croissance dont chaque jour voit son lot de suicides conjointement s\u2019accro\u00eetre. Carte d\u2019un monde o\u00f9 la force d\u2019aimer et les lumi\u00e8res de l\u2019\u00e2me sont de plus en plus menac\u00e9es d\u2019extinction. Un monde duquel cet enfant de l\u2019Occident se sent de plus en plus \u00e9tranger, avec lequel il ne veut pas pactiser, mais avec lequel il pactise quand m\u00eame par le simple fait de survivre. Alors oui, pour parler dans le phras\u00e9 du philosophe Gilles Deleuze, on se sent un peu honteux d\u2019\u00eatre un homme devant tout ce g\u00e2chis de vie, devant les animaux et ces enfants fouillant les d\u00e9charges. Alors, si d\u2019overdose de ce monde, on ne veut p\u00e9rir et de rage imploser, il faut tracer d\u2019autres cartes faites d\u2019autres pactes. Et dans ces cartes, danser, chanter, feront actes d\u2019immenses l\u00e2chers de vie et de magie (la danse de Sailor et Lula, la chanson de Jacques Brel \u00ab Le plat pays \u00bb, le cri de Nick Cave \u00ab From her to eternity \u00bb ). Et dans ces cartes, on voudrait donner la parole aux ours polaires, aux baleines et aux blessures de ces kids de l\u2019Occident. Dans ces autres cartes, Pai, la petite fille du peuple Maori qui chevauche la baleine, aura quelque chose \u00e0 nous apprendre d\u2019infiniment pr\u00e9cieux : apprendre \u00e0 ne pas avoir peur, et oser affirmer que tout cela aurait pu \u00eatre autrement, et qu\u2019il nous appartient de cr\u00e9er cet autrement, que notre t\u00e2che d\u2019artiste, d\u2019ange, et de sorcier sera d\u2019op\u00e9rer ces perc\u00e9es de lumi\u00e8re, ces passages de vie \u00e0 travers les regards \u00e9teints, oeuvrant pour la cr\u00e9ation d\u2019une oasis en plein d\u00e9sert, pour un mirage original.<\/p>\n<p>_______________________________<\/p>\n<p>(1) Pour plus d\u2019information sur le centre : www.cckhayam.be<\/p>\n<p>(2) Conte de la peur rurale<\/p>\n<p>Je veux aller faire une photo du bel arbre quand il y a la belle lumi\u00e8re rasante d\u2019avant le cr\u00e9puscule. Le probl\u00e8me est que le bel arbre se trouve dans la for\u00eat et que pour y aller il faut passer par la petite maison avec le gros chien qui aboie quand on passe sur son territoire (j\u2019ai dit aboyer et non mordre)<\/p>\n<p>Que vais-je faire ? je veux ma photo. Vais-je opter pour le chemin qui consiste \u00e0 apprivoiser ma peur en respectant l\u2019animal qui a tout autant le droit d\u2019aboyer que moi d\u2019aller dans la for\u00eat ? Vais-je tenter l\u2019exp\u00e9dition et rencontrer la puissance animale du gros chien, gardien de l\u2019or\u00e9e des bois, apprendre qu\u2019aboyer n\u2019est pas mordre et faire de l\u2019acte photographique une v\u00e9ritable initiation \u00e0 l\u2019inconnu, un chemin de rencontre de l\u2019autre. La photographie de l\u2019arbre n\u2019aura-t\u2019elle pas d\u2019autant plus de force et de magie qu\u2019elle m\u2019aura demand\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 de ma peur et de mes pr\u00e9jug\u00e9s. Ou vais-je signer la p\u00e9tition qui vise \u00e0 supprimer du territoire les chiens de plus de 30 kilo s parce qu\u2019ils sont une menace potentielle \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 humaine et puis ce sera quoi\u2026les sangliers, les serpents, tout ce qui m\u2019emp\u00eachera de \u00ab Prendre Ma photo \u00bb en toute tranquillit\u00e9 et sans difficult\u00e9 ?<\/p>\n<p>Conte de la peur urbaine<\/p>\n<p>Mon ami Pierre ne va pas bien ce soir, il ne le demande pas mais il aimerait tellement que je vienne le voir\u2026mais il est minuit, plus de tram, le probl\u00e8me est que mon ami Pierre habite pr\u00e8s de la gare du Nord, un quartier bourr\u00e9 d\u2019\u00e9trangers, tr\u00e8s ins\u00e9cure, para\u00eet-il, cela me fait peur, vais-je affronter ma peur et faire du chemin de l\u2019amour une force ? Mais la peur me paralyse, elle me cloue sur place \u00e0 tel point que je n\u2019irai pas ce soir chez l\u2019ami Pierre quand il en a r\u00e9ellement besoin, je lui dirai que je passerai chez lui demain ou plut\u00f4t qu\u2019il vienne chez moi, oui c\u2019est cela, on y sera plus tranquille pour discuter<\/p>\n<p>(3) Film de Wim Wenders<br \/>\n(4) d\u2019Alejandro Gonzalez Inarritu<\/p>\n<p>(5) Film de David Lynch<\/p>\n<p>(6) Film de David Lynch<\/p>\n<p>(7) Film de Niki Caro<\/p>\n<p>Texte prononc\u00e9 dans le cadre de la th\u00e9matique &#8220;Soir\u00e9e artistique et litt\u00e9raire dans les regards r\u00e9ciproques au Centre Culturel Omar Khayam&#8221;, le 19 octobre 2007 et intitul\u00e9 \u00a0\u00abLa conscience magique, cette inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Athane Adrahane (2007) Bonsoir \u00e0 tous, Je voudrais d\u2019abord remercier le centre culturel Omar Khayam (1), pour cette invitation, fruit d\u2019une rencontre qui s\u2019est d\u2019abord op\u00e9r\u00e9e avec l\u2019univers livresque de \u00ab La conscience magique \u00bb. 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