{"id":115,"date":"2011-02-10T14:00:25","date_gmt":"2011-02-10T14:00:25","guid":{"rendered":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelles\/?p=115"},"modified":"2013-04-02T18:07:06","modified_gmt":"2013-04-02T18:07:06","slug":"cavalcades-a-la-frontiere-du-langage-avec-kaspar-hauser-ou-la-phrase-preferee-du-vent-de-veronique-bergen","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/2011\/02\/10\/cavalcades-a-la-frontiere-du-langage-avec-kaspar-hauser-ou-la-phrase-preferee-du-vent-de-veronique-bergen\/","title":{"rendered":"Cavalcades \u00e0 la fronti\u00e8re du langage, avec &#8220;Kaspar Hauser ou la phrase pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du vent&#8221; de V\u00e9ronique Bergen"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">par Athane Adrahane (2006)<br \/>\n<a href=\"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/Kaspar-Hauser-ou-la-phrase-pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e-du-vent.-V\u00e9ronique-Bergen.png\"><img loading=\"lazy\" width=\"202\" height=\"300\" class=\"alignnone  wp-image-117 aligncenter\" alt=\"Kaspar Hauser ou la phrase pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du vent. V\u00e9ronique Bergen\" src=\"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/Kaspar-Hauser-ou-la-phrase-pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e-du-vent.-V\u00e9ronique-Bergen-202x300.png\" srcset=\"http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/Kaspar-Hauser-ou-la-phrase-pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e-du-vent.-V\u00e9ronique-Bergen-202x300.png 202w, http:\/\/anomaltribu.com\/etincelle\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/Kaspar-Hauser-ou-la-phrase-pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e-du-vent.-V\u00e9ronique-Bergen.png 318w\" sizes=\"(max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Voix d\u2019un lecteur<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019enfant- volcan, chant\u00e9 Athane Adrahane, se fissure-t-il en petites rivi\u00e8res de larmes quand traverse sa nuit la voix de Kaspar dans les petites phrases de V\u00e9ronique ?<\/p>\n<p>Pourquoi ne sombre-t-il pas alors dans le fleuve de tristesse que devrait g\u00e9n\u00e9rer le regard lucide des terres de l\u2019enfance pos\u00e9 sur l\u2019\u00e9tendue de la barbarie des hommes ?<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019enfant-volcan, chant\u00e9 Athane Adrahane, sourit-il alors aux anges quand traverse sa nuit la voix de V\u00e9ronique dans les petites phrases de Kaspar ?<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il est un lieu o\u00f9 les mots sont plus que des maux, ils se font chant, ils se font musique. Ils ne sont plus ces actes terroristes qui assassinent le feu magique de l\u2019enfance mais ces ailes qui d\u00e9licatement vous touchent et vous envolent pour des terres plus belles et plus intenses que celles que les mots menteurs des adultes ne pourront jamais nous d\u00e9peindre.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il est un lieu o\u00f9 \u00e0 force de penser la blessure l\u2019on se met \u00e0 la panser.<\/p>\n<p>Les livres de V\u00e9ronique Bergen figurent parmi ces terres encore sauvages o\u00f9 les larmes se font vivifiantes rivi\u00e8res irriguant les terres des gorges les plus ass\u00e9ch\u00e9es. En ces endroits o\u00f9 les rumeurs se font vents ensemen\u00e7ant les chants les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, alors, \u00e0 la gr\u00e2ce de je ne sais quelle lumi\u00e8re, l\u2019on voit cro\u00eetre les mots qui sauvent.<!--more--><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture comme geste de contre-effectuation d\u2019une situation s\u2019imposant telle une fatalit\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diable \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u2019art de la femme dans \u00ab Rapsodie pour l\u2019ange bleu \u00bb (1), celle-ci possibilisant par le livre une rencontre devenue impossible dans le champ de la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Ce passage d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 dans une autre r\u00e9alit\u00e9, d\u2019un niveau de conscience \u00e0 un autre, ici une conscience artiste, prouve encore son efficacit\u00e9 dans \u00ab Kaspar Hauser ou la phrase pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du vent \u00bb . V\u00e9ronique Bergen oeuvrera \u00e0 donner la parole \u00e0 celui \u00e0 qui elle f\u00fbt \u00f4t\u00e9e, \u00e0 savoir le petit Kaspar. Non pour l\u2019affubler d\u2019un langage humain trop humain qui ne ferait que perp\u00e9trer son assassinat mais depuis une voie de connaissance diff\u00e9rente de celle privil\u00e9gi\u00e9e par la rationalit\u00e9. Cette voix hors norme s\u2019enfantera depuis cet antre ut\u00e9rin qu\u2019est la forge magmatique, ce ventre aux mouvances intensives. C\u2019est \u00e0 cet autre de la langue officielle, aux r\u00e9gions souterraines de l\u2019enfance, que se connecte l\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur, intercesseur de Kaspar Hauser. \u00ab Toutes les demeures de la po\u00e9sie sont travers\u00e9es par les vibrations du fleuve enfance, lequel d\u00e9tourne la mort qui carillonne \u00bb (2). La cr\u00e9ation langagi\u00e8re ainsi perform\u00e9e oeuvre \u00e0 retourner les mots contre leur pouvoir de destruction, de d\u00e9solation, de d\u00e9s\u0153uvrement. \u00c0 travers Kaspar, l\u2019auteur invite le lecteur \u00e0 pr\u00eater l\u2019oreille aux langues sauvages et invent\u00e9es, aux langues de l\u2019enfance o\u00f9 la parole se conjugue encore \u00e0 celles du vent, des arbres et des animaux. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00ab Kaspar Hauser ou la phrase pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du vent \u00bb, aujourd\u2019hui, en 2006. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les mots sont de plus en plus \u00e9vid\u00e9s de leur magie, pill\u00e9s par les medias, d\u00e9tourn\u00e9s par la publicit\u00e9, engag\u00e9s dans des flux d\u2019argent. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 ils se font outils de propagandes destin\u00e9es \u00e0 asseoir l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 sens unique astreignant \u00f4 combien de minorit\u00e9s au silence.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Kaspar Hauser (3), la voix de l\u2019auteur la r\u00e9\u00e9crit du dedans, au coeur de son \u00e9v\u00e9nement. Cette histoire, elle la chante depuis son noyau incandescent, en l\u2019explosant en une s\u00e9rie de personnages ayant rencontr\u00e9 Kaspar et qui tour \u00e0 tour exposeront leur version des faits : la m\u00e8re, la comtesse de H., Feuerbach, le ge\u00f4lier, l\u2019assassin, le narrateur, le cheval, Kaspar\u2026<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivain, dans sa transe de cr\u00e9ation, se voit travers\u00e9 par autant de personnage-mondes que son \u00e9criture n\u2019en soul\u00e8ve. Pr\u00eatant sa plume \u00e0 ces passagers, il voyagera non sans danger au coeur de leurs plus intimes pens\u00e9es. Ainsi, le temps de leur migration vers le pays du livre, il en \u00e9pousera le chant.<\/p>\n<p>Le chant se fait tour \u00e0 tour glacial, terrassant, philosophique, po\u00e9tique, implacable, meurtrier, tendre, \u00e9questre, romanesque\u2026<\/p>\n<p>Il se fait aussi respiration de l\u2019enfance, chant des origines, vent br\u00fblant du d\u00e9sert rouge\u2026<\/p>\n<p>Le vent du d\u00e9sert rouge dit l\u2019invisible, le lieu hors lieu. Il s\u2019insinue entre les personnages. Voix d\u2019\u00e9mergence et voix de confluence.<\/p>\n<p>Le souffle invisible, incandescent, embrase les l\u00e8vres gel\u00e9es, referm\u00e9es sur un myst\u00e8re qui n\u2019a pas rendu son dernier mot, le myst\u00e8re du petit prince sauvage.<\/p>\n<p>Le vent des origines, souffle de l\u2019ange cosmique, pr\u00e9cipitant l\u2019\u00e9crivain dans son devenir imperceptible, son devenir musique.<\/p>\n<p>Ce vent-l\u00e0 sait chanter les mots d\u2019avant les mots, quand les mots \u00e9taient encore corps, chien, cheval, enfant, sauvage, sans images, sans \u00e2ges, sans page, \u00e0 la fronti\u00e8re du langage.\u00a0L\u00e0 o\u00f9 se parle \u00ab (\u2026) la langue des nyctalopes \u00bb (4) o\u00f9 se d\u00e9ploie le regard de l\u2019essentiel, celui du coeur.<\/p>\n<p>Au coeur de l\u2019inorganis\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 les formes ne figent pas, un ange br\u00fble, un ange rougeoie. Le petit prince Kaspar \u00ab habite l\u2019enfui \u00bb, le no man\u2019s land, la chambre magmatique, la forge intensive, distributrice de tous les possibles. Le petit prince voit dans le noir. Il voit la danse des forces, les vibrations et les mouvements, l\u00e0 o\u00f9 ordinairement seule l\u2019\u00e9corce des choses tient lieu de perception. En magicien, il inverse les valeurs.<\/p>\n<p><em>\u00ab Je ne vois pas ce que les hommes voient : je suis un sorcier qui per\u00e7oit le feu sous la glace, la marguerite entortill\u00e9e autour de la cheville d\u2019El\u00e9onore, les plaintes des ours dans le hurlement d\u2019un carillon \u00bb\u00a0<span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-style: normal;\">Voix de Kaspar-Bergen<\/span><\/em><\/p>\n<p>Kaspar vit dans son royaume o\u00f9 gambadent \u00e0 la faveur du vent son chien et son petit cheval blanc. \u00ab Quand mon cheval grandit et occupe tout l\u2019espace, le soleil et la lune composent ses yeux, la Grande Ourse et la Petite Ourse ses oreilles \u00bb (5). Dans son monde, la lune parle au soleil, le ciel habite l\u2019oiseau, la page se vit d\u00e9sert blanc et qui peut dire si sa travers\u00e9e \u00e0 dos de chatmots laissera Kaspar vivant ? C\u2019est que, les mots ne sont pas sans danger, sans impact physique, sans cons\u00e9quences. Domestiqu\u00e9s par l\u2019homme afin de servir la supr\u00e9matie de son syst\u00e8me, pour Kaspar, les mots prennent encore l\u2019allure de hordes sauvages. Aventure risqu\u00e9e au pays des hommes comme au pays des mots. Les mots construisent et d\u00e9truisent tant de mondes. Par cons\u00e9quent, il faudrait s\u2019en approcher infiniment pr\u00e9cautionneusement. Les mots, cela s\u2019apprivoise, apr\u00e8s on en est responsable. Kaspar responsable de sa petite phrase, Kaspar responsable de sa petite fleur El\u00e9onore. Les mots ainsi rencontr\u00e9s deviennent alors ces alli\u00e9s, ces amants de cr\u00e9ation devant lesquelles renonce la peur de ce qu\u2019ils \u00e9noncent. Formule magique, les mots savent jouer le r\u00f4le d\u2019intercesseur capable de tout nous redonner, le monde et l\u2019amour.<\/p>\n<p>Sans vie et sans magie, les mots des hommes, cens\u00e9s rendre Kaspar \u00e0 la lumi\u00e8re du monde, viennent par effraction, en terroristes de ses petites terres de solitude. Leurs mots ne disent pas qu\u2019ils sont des fictions, ils s\u2019imposent V\u00e9rit\u00e9 et commandent \u00e0 l\u2019enfance de s\u2019y plier. Usurpant le pouvoir de ce qu\u2019il \u00e9nonce, ils n\u2019en permettent une authentique rencontre. Ils enferment la vie dans des raisonnements qui aveuglent plus qu\u2019ils ne tracent des perc\u00e9es d\u2019horizons faisant voyager la petite personne \u00e0 libert\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e. Pour Kaspar, aux yeux de qui, toutes les choses ont une \u00e2me, les mots des hommes sont bien trop inad\u00e9quats pour chanter l\u2019inexpliqu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Kaspar aurait jamais d\u00fb tomber dans ce petit peuple qui donne et retire le monde, qui apporte les choses et les soustrait. \u00bb\u00a0Voix de Kaspar-Bergen<\/p>\n<p>Kaspar vit en trop intense la fracture entre les mots et les choses, le visible et l\u2019audible. La d\u00e9rive incessante de leurs continents. Parce qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9vident que toujours ces deux rives se rencontrent. Mais voil\u00e0 que l\u2019\u00e9criture du po\u00e8te consiste \u00e0 habiter ce rift, s\u2019affairant \u00e0 rendre viable cette posture de d\u00e9chir\u00e9 en d\u00e9ployant une individuation par h\u00e9cc\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p><em>\u00ab Nous roulions la vitesse sur l\u2019enfance, nos musiques sur l\u2019aube fr\u00e9missante, des blocs d\u2019\u00e9motion sur nos plaines de d\u00e9sirs mauves. Mon galop \u00e9tait celui de Kaspar, son souffle saccad\u00e9 le mien\u2026. \u00bb<\/em>\u00a0Voix du cheval-Bergen<\/p>\n<p>La langue du po\u00e8te dresse la carte d\u2019un monde dont les longitudes et latitudes en perp\u00e9tuel mouvement nomadisent les terres les plus fermes. Elle est ce fleuve vivant \u00e0 la confluence de toutes les langues, celles de l\u2019humain et du non-humain. Ritournelle cosmique, elle sait se faire \u00e0 hauteur d\u2019une langue qui se r\u00eave hors mots, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab la vie bondit \u00bb (6).<\/p>\n<p>\u00c0 la fronti\u00e8re du langage, la voix du po\u00e8te \u00ab r\u00eave l\u2019obscure \u00bb, cette part muette, imperceptible, clandestine, pr\u00e9cieusement enfouie dans les profondeurs caverneuses d\u2019une enfance sans \u00e2ge. Log\u00e9e au coeur de la blessure, \u00e0 m\u00eame la faille des mots et des choses, la voix de l\u2019\u00e9crivain dira l\u2019invisible des mots qui saignent comme des mots qui font saigner. Avec sa plume taill\u00e9e dans de l\u2019obsidienne, V\u00e9ronique Bergen ouvre les mots sans vie pour trouver leur feu primordial, lib\u00e9rer leur fluide incandescent, leur forgeant ainsi un nouveau chant.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce no man\u2019s land o\u00f9 le vent des origines souffle, efface, \u00e9rode et sculpte sans rel\u00e2che la syntaxe et la grammaire que le po\u00e8te risque ses plumes. Zone d\u2019\u00e9change entre forces dans l\u2019homme et forces du dehors. Contr\u00e9e embryonnaire de cette nouvelle figure du surhomme dont Deleuze, interc\u00e9dant Foucault et Rimbaud, nous dit qu\u2019il serait charg\u00e9 des animaux, des roches et aussi \u00ab de l\u2019\u00eatre du langage (de \u00ab cette r\u00e9gion informe, muette, insignifiante, o\u00f9 le langage peut se lib\u00e9rer \u00bb m\u00eame de ce qu\u2019il a \u00e0 dire) \u00bb (7).<\/p>\n<p>La langue \u00ab Kaspar \u00bb partage ceci avec la langue \u00ab Bergen \u00bb : ensemble, ils deviennent la ballade de l\u2019enfant-po\u00e8te qui conna\u00eet le langage des chevaux, des chats, des mots, du vent, du rouge, des hommes, du ciel et de la terre. L\u2019alliance Kaspar-Bergen r\u00e9alise le devenir de l\u2019enfant sauvage dans celui de l\u2019enfant-philosophe et inversement. La langue du philosophe-po\u00e8te partage ceci avec la langue de l\u2019enfant sauvage, qu\u2019on ne la comprend pas toujours. Avec ses inversions, ses dr\u00f4les de noms, ses alliages anomaux. C\u2019est pas facile. Pour la d\u00e9chiffrer, il faut faire un effort, apprendre \u00e0 \u00e9couter cet \u00e9trange chant qui va \u00e0 contre courrant de la cha\u00eene des signifiants, mise en place par l\u2019homme pour l\u2019homme. Sectionner le cordon du \u00ab \u00e0 un mots une chose \u00bb et oser une nouvelle danse de la langue et des valeurs. Le po\u00e8te dira pleurer lorsque du ciel la pluie tomber. Pas parce que c\u2019est triste. Non. Parce qu\u2019il a capt\u00e9 l\u2019\u00e9motion du ciel \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la plainte du vieux m\u00fbrier qui, voyag\u00e9 par la s\u00e9cheresse, craignait pour la vie de ses fruits pourpres. De par la multitude des chants s\u00e9mantiques qu\u2019active la magie exploratoire de l\u2019\u00e9criture, l\u2019\u00e9crivain a ce pouvoir de faire dispara\u00eetre le langage d\u2019un monde \u00e0 sens unique, et avec celui-ci la supr\u00e9matie du monde des hommes sur le reste du vivant. L\u2019\u00e9criture ainsi chant\u00e9e nous fait toucher au grand silence, \u00e0 la m\u00e9lodie du cosmos, au dire de l\u2019invisible, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019indicible. Elle reconnecte le langage \u00e0 la \u00ab sauvage sagesse \u00bb du \u00ab fleuve enfance \u00bb, cette langue sinueuse, difficilement domptable, qui imperceptiblement, au rythme de sa crue, redessine ses trajectoires, faisant disjoncter les mots et les choses, afin que les rives de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne puissent toujours s\u2019entre-f\u00e9conder.<\/p>\n<p>Mais qui de nos jours, sait encore \u00e9couter la berceuse du fleuve rouge, accrocher ses r\u00eaves aux ailes du vent ?<\/p>\n<p><em>\u00ab Je suce ma petite phrase en cachette et la d\u00e9pose, certaine nuit, dans l\u2019oreiller d\u2019un ange \u00bb\u00a0<\/em>Voix de Kaspar-Bergen<\/p>\n<p>Et si pour finir Kaspar chute dans le chuuut de la page neige, vierge de la trace des hommes, ne seront alors laiss\u00e9s audibles que les chants du vent, ces petites phrases aux couleurs de l\u2019enfance dont seuls les anges de la langue ont encore le secret.<\/p>\n<p>Et l\u2019on dira que le vent du d\u00e9gel sera pass\u00e9 sur la petite montagne de l\u2019enfant-volcan, chant\u00e9 Athane Adrahane, et qu\u2019il aura fait couler la neige que l\u2019hiver y avait accumul\u00e9e. Et l\u2019on dira que l\u2019eau des fontes dans les gorges auront fait cavaler son petit chant en compagnie des petites phrases de V\u00e9ronique et de Kaspar\u2026 tra\u00e7ant ce rock songe \u00e0 l\u2019intention de cette esp\u00e8ce en voix de disparition que sont de nos jours les livre-anges.<br \/>\n_____________________<\/p>\n<p>(1) Bergen V\u00e9ronique, Rapsodie pour l\u2019Ange bleu , Luce Wilquin.<\/p>\n<p>(2) Bergen V\u00e9ronique, Voyelle , Le Cormier.<\/p>\n<p>(3) En 1828, sur une place de Nuremberg, un adolescent dont on ne sait rien, surgit, une lettre \u00e0 la main. Diverses interpr\u00e9tations et rumeurs feront suite \u00e0 l\u2019apparition de cet \u00e9trange \u00e9tranger aux pays des hommes. L\u2019une d\u2019entre elles, ferait de lui le prince h\u00e9ritier du tr\u00f4ne de Bade. Afin de l\u2019\u00e9carter du pouvoir, il aurait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 et s\u00e9questr\u00e9 dans une ge\u00f4le peu apr\u00e8s sa naissance. Nourri au pain et \u00e0 l\u2019eau, avec pour seul compagnon un petit chien et des chevaux de bois, apr\u00e8s 196 lunes d\u2019absence au monde, cet analphab\u00e8te, lib\u00e9r\u00e9 par son bourreau, fera brutalement la connaissance du monde et des hommes.<\/p>\n<p>(4) Voix de Kaspar in Bergen V\u00e9ronique, Kaspar Hauser ou la phrase pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du vent , Ed Deno\u00ebl.<\/p>\n<p>(5) Voix de Kaspar<\/p>\n<p>(6) Voix de Kaspar-Bergen<br \/>\n(7) Gilles Deleuze, Foucault , p.141.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Athane Adrahane (2006) Voix d\u2019un lecteur Pourquoi l\u2019enfant- volcan, chant\u00e9 Athane Adrahane, se fissure-t-il en petites rivi\u00e8res de larmes quand traverse sa nuit la voix de Kaspar dans les petites phrases de V\u00e9ronique ? 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